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Mon périscope sur la vie au temps du coronavirus

Dominique Dunglas raconte une journée de confiné sur son balcon à Rome.

Huitante centimètres par deux mètres, juste la place pour une petite table et une chaise, même pas un balcon mais un balconcino: jamais je n’aurais imaginé que cet appendice de ciment devienne mon périscope sur la vie au temps du coronavirus.

«La boulangère soupçonne un complot pour empêcher la Lazio de gagner le championnat»

À mes pieds, la rue des Savorgnan, une «rue village», dans le quartier romain de Torpignatara. Sur la place, le bureau de tabac et le restaurant La Certosa, fermé pour respecter les normes de confinement. À ma gauche, la boulangerie. La boulangère soupçonne que le coronavirus est un complot pour empêcher la Lazio, son équipe de foot, de gagner le championnat. Analyse discutable, mais son pain est délicieux.

Le trajet du bureau de tabac à la boulangerie est, pour beaucoup, la promenade de la journée avec, pour les plus déterminés, le supermarché, la quincaillerie ou la pharmacie. Beaucoup de passants portent un masque. Le pas est lent et les promeneurs font un imperceptible crochet quand ils se croisent pour éviter de transgresser la distance d’un mètre. Ceux qui se connaissent s’arrêtent, toujours à distance, pour échanger les nouvelles du quartier.

Ce soir, le restaurant La Certosa rouvre pour livrer des plats à domicile. Mon cœur s’emballe: les merveilleux anchois frits et les spaghettis aux palourdes sont de retour. Mais je déchante immédiatement: que ferais-je seul devant un repas de roi?

Anna, la vieille dame qui vit au quatrième étage de l’immeuble d’en face, fait descendre un panier qu’une voisine remplit de courses. Infirme, elle vit confinée depuis des années. Sa voix, étonnamment claire, résonne parmi les murmures. Des copains s’arrêtent et m’interpellent sur mon balcon. «Ho, le Français, ça va? Qu’est-ce qu’on dit chez toi? Ils ont enfin compris, les Français?» On s’échange des tuyaux. «Tu es sorti? La poste est ouverte? Tu as été contrôlé? Il paraît qu’il y a des barrages sur le périph.»

Travailleurs et joggers

Les ouvriers qui refont la façade de l’immeuble mitoyen passent discrètement. Le chantier aurait dû se bloquer avec l’arrêt des activités essentielles mais ils ont eu le temps de monter les échafaudages dans la cour et ils continuent de travailler à l’abri des yeux. Pas vu, pas pris.

Les joggers profitent du soleil pour sortir. Ils ne doivent pas s’éloigner de plus d’un kilomètre de leur domicile. Décision unanimement décriée. Même par moi qui n’ai jamais fait de jogging mais qui trouve scandaleux d’être limité dans la possibilité de me mettre à la course à pied. On est obligé d’obéir mais il n’est pas interdit de râler.

À 17 heures, Patricia sort sa sono sur son balcon et chante trois chansons. Trois, pas davantage, pour que la performance ne crée pas de rassemblement. Puis chacun rentre chez soi pour écouter à 18 heures le comptage quotidien des contagions et des morts. Ce soir, les chiffres sont mauvais après trois jours d’amélioration. Avec la nuit, une chape de silence tombe sur la rue des Savorgnan déserte.

Une nouvelle journée de confinement s’achève.

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