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Permettre le choix aux contribuables

Edmond Vullioud donne son avis sur la crise théâtrale à Lausanne.

Aucun mystère ne plane désormais sur la position de nos édiles en matière de création dramatique locale. Depuis les fenêtres de leurs bureaux directoriaux, ils voient de longtemps la même dispute se rallumer dans la cour de récréation culturelle, et goguenards, ne prennent pas même la peine de compter les points. C’est pourquoi, aujourd’hui, il est bon de remettre en évidence les traits exclusifs de cette «culture politique de la culture».

Donc, parce qu’à Lausanne, autrefois, on a souhaité, dans la perspective de l’organisation de Jeux olympiques, se parer d’une aura culturelle internationale, on a augmenté le budget culturel et l’on s’est assuré le concours d’artistes internationaux.

Ainsi, dès le départ, cette politique n’a été basée que sur l’appropriation de qualités artistiques allochtones et non sur la production autochtone de celles-ci; car, susciter chez soi une création originale est plus long et difficile que d’acheter ailleurs des valeurs reconnues.

Cependant, l’art n’est pas un marché; il entre en conflit avec la culture quand on réduit celle-ci à sa consommation. L’art est d’abord un acte, et la culture, au mieux le partage de cet acte, au pire, l’achat et la vente de sa trace. Un peu comme un tableau n’est que la trace de l’acte du peintre. L’acte ne pouvant être comptabilisé, le marchand d’art en est réduit à spéculer sur les montants d’un cadre, une toile, des couleurs appliquées et une couche de vernis. Ainsi nos politiques, face à l’art dramatique, ont-ils préféré s’assurer le contrôle des moyens de production (la toile et les montants), plutôt que de permettre à l’artiste de s’épanouir.

Et le public, qu’est-il en droit d’attendre de cette politique? Pris en otage entre «progressistes» lui déniant la faculté de saisir la qualité des objets qu’on lui propose, et «réactionnaires» nostalgiques de la culture de Chéreau, Planchon ou Strehler, ne serait-il pas naturel qu’il ait accès à tous les spectacles qu’il a subventionnés?

Si nos édiles se refusent à opérer des choix en matière d’esthétique, leur devoir est, me semble-t-il, de le permettre à leurs contribuables. Il n’est pas de bonne démocratie où cette possibilité ne soit garantie, n’en déplaise aux appareils de partis et aux exécutifs.

Par ailleurs, pourquoi ces questions ne se posent-elles pas lorsqu’on subventionne l’Opéra?

Il reste donc à espérer voir, un jour, l’inscription dans le cahier des charges de nos institutions, d’une sorte «d’exception culturelle»; un devoir légitime de soutien à nos artistes «locaux».

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