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Un petit journal qui disparaît, ce doit être un signal d’alerte

Patrick Monay s'interroge sur la crise qui frappe les médias payants.

Quoi de plus triste qu’un journal qui meurt? «Le Vendredi» paraît aujourd’hui pour la toute dernière fois. C’est au service de ce petit bimensuel que j’ai fait mes premiers pas de journaliste, en août 1997, dans mon Chablais natal. Son fondateur, Jean-Jacques Pahud, a donné sa chance à l’étudiant que j’étais pour lancer ce magazine régional sur papier glacé. Un pari un peu fou dans un paysage médiatique qui, déjà, tirait la langue. Mais l’éditeur a tenu bon, ses rédacteurs successifs aussi, pour sortir 528 numéros en vingt-deux ans. Une prouesse, croyez-moi.

Au fil des pages, les lecteurs ne découvraient pas de révélations fracassantes, mais la vie des gens de la région. Leurs passions, leurs initiatives, leurs coups de cœur et parfois leurs coups de blues. Malgré un nombre d’abonnés resté modeste, le périodique édité à Monthey a courageusement apporté sa pierre à l’édifice de l’information. Comme l’avait fait avant lui feu le «Journal du Haut-Lac», déjà publié par la famille Pahud. C’est donc la mort dans l’âme que mon ex-patron, fatigué de courir après les annonceurs et un hypothétique repreneur, a mis fin à cette belle aventure.

«La petite équipe du «Vendredi» a sorti 528 numéros en vingt-deux ans. Une prouesse, croyez-moi»

Jean-Jacques peut cependant être fier des efforts accomplis. Toute sa vie, il aura défendu à la fois son imprimerie, ses employés et la presse locale. Un homme exigeant, mais généreux et reconnaissant si vous vous montriez digne de sa confiance. Le Chablais valaisan et ses acteurs lui doivent beaucoup. Et moi aussi. Si je rédige la chronique du jour en la signant «chef de rubrique», vingt ans après mon stage de journaliste, c’est notamment grâce à l’expérience, la rigueur et l’autonomie acquises en fabriquant jadis «Le Vendredi».

Oui, c’est triste, un journal qui disparaît. Qu’il ait été petit ou grand. À l’ère de l’information pseudo-gratuite servie toute la journée sur nos smartphones, cela doit nous interroger. Les médias payants traversent une crise gravissime. Érosion du lectorat, chute des revenus publicitaires: les défis à relever sont énormes. Et le basculement nécessaire sur les supports numériques s’avère aussi ardu que coûteux. Les revenus générés par les contenus digitaux ne permettent pas encore aux éditeurs privés de voir le bout du tunnel.

Des moyens à trouver

Des discussions se tiennent en haut lieu pour déterminer comment aider la presse sans empiéter sur la liberté éditoriale des rédactions. Là encore, l’équation sera très difficile à résoudre. Mais il y a urgence. Pour continuer à jouer leur rôle de ciment de la démocratie, les journaux ont besoin de moyens.

Puisque l’avenir leur appartient, peut-être devrait-on, au milieu de ce vaste chantier, davantage stimuler chez les jeunes le goût de la lecture. Leur montrer la différence entre une information diversifiée et ce que leur dictent les algorithmes mondialisés des géants d’internet. Les inciter à s’intéresser à ce qui se passe autour de chez eux, pour mieux s’ouvrir au monde. C’est ce qu’a fait durant toutes ces années, à son échelle, mon cher «Vendredi».

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