La peur sans fondement d’une pénurie de travail

L'invitéChristophe Reymond analyse la situation du marché de l'emploi en Suisse.

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Il existe de tout temps la crainte, profondément enracinée, d’une pénurie imminente de travail. L’un des motifs en est que l’opinion publique ressent fortement les suppressions d’emplois tandis qu’elle accorde peu d’attention à tous ceux qui se créent.

Lorsqu’une entreprise est amenée à biffer cinquante places de travail, l’écho médiatique est immédiat. La création de nouveaux postes, elle, passe inaperçue. Cela s’explique parce qu’elle est le plus fréquemment répartie entre de nombreuses sociétés et sur une période plus longue, demeurant imperceptible dans le public.

Tout cela donne l’impression d’être confronté plus souvent à des suppressions qu’à des créations d’emplois. Pourtant, les statistiques démontrent que cette perception est trompeuse. En Suisse, et le canton de Vaud suit la tendance, l’emploi s’accroît depuis des décennies. Il y a vingt-cinq ans, le nombre d’actifs était d’à peine 4 millions, tandis qu’il dépasse les 5 millions aujourd’hui.

Le volume de travail n’a cessé d’augmenter, y compris en des périodes où la mondialisation s’est déployée de façon spectaculaire et où la numérisation a fait beaucoup écrire sur l’avènement d’un chômage technologique. La réalité est pourtant celle-ci que le marché de l’emploi n’a pour l’heure pas subi de changement important.

Les formes de ce qu’on nomme «travail atypique» (emplois à durée déterminée, travail sur appel, télétravail) demeurent limitées. Les temps partiels sont en croissance (un gros tiers des emplois), mais rien n’indique que cela témoigne, en Suisse, d’une forme de précarisation. D’ailleurs, la forte augmentation du taux d’activité des femmes ne s’est pas réalisée au détriment de l’emploi des hommes.

De même, les nouvelles technologies comme la robotisation n’ont pas réduit le total des postes de travail. Bien sûr, il y a des métiers et des fonctions qui disparaissent ou se révèlent plus «à risques» que d’autres, mais l’impact du phénomène doit aussi être appréhendé sur le plan macroéconomique, pas seulement quant à ses effets sur certains secteurs.

Tous ces éléments illustrent de manière frappante le fait que la quantité de travail n’est pas fixe. C’est pourtant sur cette illusion que se fondent les partisans du partage du travail, qui affirment que la seule possibilité de maintenir un taux d’emploi élevé consiste à diminuer la durée du travail, afin que chacun puisse y accéder. Ces positions se heurtent à l’expérience historique, aux statistiques et à la théorie économique.

Lorsqu’un marché du travail fonctionne convenablement, rien n’indique qu’il faille craindre une pénurie généralisée. Et encore moins dès lors qu’il s’agira, dans les années à venir, de remplacer par centaines de milliers les personnes issues de la génération du baby-boom, désormais aux portes de la retraite.

Créé: 11.02.2020, 06h43

Christophe Reymond, directeur du Centre Patronal.

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