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Et si à la place il faisait froid?

En cet été indien lumineux et doux, se préoccuper du réchauffement demande à l’esprit des contorsions malaisées. On se dit qu’à terme ce mercure qui grimpe signifiera très probablement côtes englouties, désertification, vagues de réfugiés climatiques, guerres et famines. Mais on se dit aussi, juste là, aujour­d’hui, qu’on est quand même rudement bien sur cette belle terrasse ensoleillée, en chemisette, dire qu’on est déjà fin septembre, si ça pouvait durer un peu, qui sait, peut-être que dans quelques années on pourra… Ouïe, aïe, non, mauvaise idée, dissonance, faiblesse, vertige.

Quel que soit votre niveau d’implication pour le climat, et même si vous faites partie de ceux qui s’activent concrètement, il y a des chances que ces idées se soient tiré la bourre, ne serait-ce que brièvement, dans votre esprit honteux. En fait, dans cette histoire de destruction programmée de toutes choses, la nature a bien mal choisi sa manière de nous sanctionner. Si, à la place, il faisait de plus en plus froid, là, ce serait une autre affaire. (Oui je sais, le réchauffement est imputable à des phénomènes scientifiques, une histoire de CO2 et de réactions chimiques, pas une malédiction de type biblique, mais tout de même, imaginons.)

Imaginons qu’au lieu d’une douce vague chaude qui fait mûrir de beaux raisins sucrés et fleurir des lauriers à des latitudes indues, nous autres, pays riches de l’hémisphère Nord, principaux responsables des dégâts écologiques mais derniers à en souffrir, soyons face à une sorte d’apocalypse glaciaire imminente… Un Winter is coming, comme dans «Game of Thrones», tout le royaume enseveli sous la neige, dans un vent de mort et un gel cauchemardesque. Je peux vous dire qu’on se serait activés autrement plus vite pour enrayer la menace. On parie qu’on aurait déjà cloué les avions au sol, renoncé aux côtes de bœuf et aux SUV? Cessé de changer d’iPhone comme de chaussettes? (Si ça se trouve, les chaussettes seraient devenues plus précieuses que les iPhone.)

En y pensant bien, la nature a peut-être choisi à la perfection sa façon de nous sanctionner. Si son dessein est de nous faire disparaître totalement, nuisibles assoupis dans une moite torpeur, observant mollement leur fin, elle n’aurait pu s’y prendre mieux. Mais la nature peut-elle réellement avoir un dessein? Et, si oui, n’est-ce pas à dire l’existence de Dieu? Voilà des questions qui dépassent assez nettement le cadre imparti par cet espace. Je sens qu’il va falloir en discuter encore un peu autour d’un verre sur une terrasse ensoleillée en ignorant l’arrivée de l’apocalypse.

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