Y’en a point comme nous? Attention à l’autosatisfaction

L'invitéGianluigi Monti met en garde contre le triomphalisme, dans un pays qui a aussi ses problèmes.

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En parcourant les médias étrangers, on est frappé par leurs critiques et polémiques sur le fonctionnement des différents pays, notamment la France ou l’Italie, mais pas seulement. C’est tout le contraire en ce qui concerne la Suisse. Les journaux, les TJ et la plupart des médias citent souvent notre pays comme premier au monde, parfois deuxième… en tout cas un pays presque parfait. Y’en a point comme nous!

«Le coût de la vie excessif, le système de santé trop coûteux, une pauvreté cachée»

Certes, la Suisse est un beau pays, elle compte une dizaine de multinationales à succès et surtout des PME innovatrices et performantes, c’est un petit pays assez facile à gérer, bien situé géographiquement parmi des économies européennes puissantes. Pas de grèves jusqu’ici, des gens sérieux et travailleurs, relativement peu de corruption, une absence de secteurs industriels polluants du passé et de banlieues, la présence de bonnes universités et écoles polytechniques avec même des Prix Nobel, un tourisme envié quoique désormais traditionnel, et un secteur bancaire encore puissant dans la gestion mondiale des capitaux, malgré les quelques gaffes du passé. Et j’oublie certainement d’autres facteurs importants de succès.

Or, si on ne peut que se féliciter de ces belles réussites, il me semble que cette autosatisfaction exagérée n’est pas justifiée et pas si utile à la solution de ses problèmes importants et à la modernisation du pays. Parmi ces derniers, je citerais le coût de la vie excessif à cause notamment d’un certain cartel des importateurs, le système de santé trop coûteux, avec une pléthore de caisses sans vraie valeur ajoutée, une navigation à vue des responsables politiques au nom du fameux compromis historique qui en pratique consiste à ne rien décider, une pauvreté cachée beaucoup plus inquiétante qu’on ne le dit, l’appel constant à la poche des citoyens, notamment pour contribuer à payer les infrastructures, d’ailleurs assez vétustes (routes, CFF, etc.). Quitte à annoncer des bénéfices comptables sans signification au niveau de la Confédération ou de la BNS.

Et aussi une charge fiscale excessive sur les personnes physiques, à cause notamment de l’impôt anachronique sur la fortune. J’ajoute également que les statistiques suisses ne sont pas toujours comparables à celles internationales, comme celle sur le chômage qui embellit la situation réelle. Et encore l’isolationnisme vis-à-vis de l’Europe, vu comme la seule solution valable et souhaitable. Sans oublier une certaine déformation du fédéralisme par ceux qui en profitent fiscalement ou autre.

Donc en conclusion, bravo à la Suisse, mais accepter le statu quo sans autre, ne pas oser parler plus fréquemment des problèmes du pays et des mesures à prendre, en un mot «s’autosatisfaire» et regarder les autres pays avec dédain ou dérision n’est pas une bonne solution. D’ailleurs, en Suisse romande, le seul pays de comparaison semble être la France, en oubliant que d’autres petits pays, Autriche, Pays-Bas, Danemark, Suède, etc. font aussi bien que la Suisse et parfois mieux pour leurs citoyens.

Pour le moment, il me semble qu’oser critiquer, soit «faire des vagues», n’est pas fort pratiqué ni bien vu dans ce pays.

Créé: 06.02.2020, 06h44

Gianluigi Monti, ancien dirigeant d'un groupe financier européen.

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