Les politiciens, à la fois miroirs et témoins de nos désirs

L'invitéEnzo Santacroce fait l'éloge de la modestie en démocratie.

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La démocratie, à en croire Winston Churchill, le fameux premier ministre du Royaume-Uni ayant mené bataille contre le régime nazi, est «le pire des régimes, à l’exception de tous les autres». Cette phrase interpelle, lorsqu’on sait que le Britannique a été un fer de lance dans la mise en place de la guerre contre la dictature hitlérienne. Pourquoi, dès lors, un tel pessimisme à l’encontre d’un système qui défend les libertés individuelles?

À mon sens, Churchill avait constaté que la démocratie est un régime à caractère «déceptif», selon l’expression de la philosophe française Myriam Revault d’Allonnes*. Cela signifierait que le régime démocratique est enclin à créer une insatisfaction généralisée, aussi bien du côté des élu-e-s que de celui des électrices et des électeurs, du moment que la répartition des pouvoirs rend toute décision plus longue et plus compliquée.

Plus concrètement encore, lors d’une votation, celles et ceux qui donnent leur voix en faveur d’un oui ou d’un non perdant sont obligés d’accepter le verdict de la majorité, ce qui génère une certaine frustration, surtout si le résultat est serré.

C’est un problème maintes fois relevé et connu, mais comment faire? Ma proposition est que nous aurions meilleur temps de considérer nos représentant-e-s dans les assemblées communales, cantonales et nationales comme nos pairs, à la fois miroirs et témoins de nos désirs, de nos joies et de nos peines. Sans s’en rendre nécessairement compte, les hommes et les femmes politiques de notre pays démocratique intègrent le principe selon lequel le monde n’obéit pas à leur volonté. Leur perfectibilité constitue leur force et non leur faiblesse, car elles ou ils sont toujours prêt-e-s à se remettre en question, à convaincre, à expliquer, à entreprendre dans le but avoué que la réalité n’est pas une fatalité.

C’est pourquoi la démocratie n’engendre pas seulement de la déception, mais aussi de l’espérance, car les politiques, pour autant qu’ils soient sincères, nous montrent, dans l’exercice de leurs fonctions, qu’il est possible de nous relever de nos erreurs, ce qui rend l’avenir possible. Aussi je dirai que la modestie, soit le sens de la mesure, est un vecteur puissant d’identification entre les citoyen-ne-s et leurs élu-e-s.

C’est ce que j’observe dans ma commune d’Épalinges, où se déroule actuellement une élection complémentaire à la Municipalité (2e tour le dimanche 1er juillet). Bien que l’enjeu soit local, je constate, lors de nos actions de campagne, que le contact avec la population donne du sens à notre engagement. Par ce biais, nous lui dévoilons effectivement notre dimension modestement humaine, que préserve notre liberté.

* «Pourquoi nous n’aimons pas la démocratie», Myriam Revault d’Allonnes, Éd. du Seuil, 2010. (24 heures)

Créé: 18.06.2018, 06h25

Enzo Santacroce, président du PLR d’Épalinges.

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