La politique se fait partout, à toute heure

L'invitéMathias Clivaz, au nom du Collectif Jean Dutoit, pose quelques questions aux autorités à propos de la prise en charge des migrants.

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Depuis le 15 octobre 2015, le Collectif Jean Dutoit — environ 150 personnes migrantes d’origine africaine et une quinzaine de Suisses — a occupé une partie de l’ancienne halle Heineken à Renens, avec l’accord de ses propriétaires, les Transports publics de la région lausannoise, appuyés en sous-main par l’un de leurs actionnaires principaux, l’Etat de Vaud, via les services de Mme Gorrite. La Convention signée a permis aux collectivités de Lausanne et de Renens d’être en partie soulagées, durant la période hivernale, de l’insuffisance criante de places dans les centres d’accueil d’urgence. Le Collectif s’est organisé, et malgré des difficultés colossales, a créé les conditions d’un vivre ensemble. Pourtant, au terme fixé par la Convention, le 31 mars dernier, ni les municipalités ni l’Etat n’ont levé le doigt pour la faire reconduire, mettant ainsi plus de 150 personnes à la rue.

En termes institutionnels, l’incurie des autorités est évidente: il aura été confié, de facto, à un collectif sans expérience spécifique la responsabilité de gérer la vie en commun de 150 personnes, des «cas Dublin» pour la plupart, ayant connu des parcours difficiles. Il faut souligner à cet égard que, si l’interlocuteur de l’Etat avait été une association reconnue, le contenu de la Convention aurait été tout autre: aurait-on imputé toutes les charges d’électricité, d’eau et de gaz, à un groupe qui a suppléé aux devoirs de l’Etat? Aurait-on pu décider de la non-reconduite de la Convention de manière aussi péremptoire, sans l’ombre d’une évaluation de terrain? Non, sans doute. Cet arrangement, commode pour les autorités, aura finalement servi à sauvegarder une apparence d’ordre, le temps d’un hiver, au détriment de tout progrès social, et des droits et libertés individuelles de 150 personnes.

Malgré l’âpreté de la situation, le Collectif s’est montré solidaire jusqu’à la fin

Pour nous, la politique se fait partout, à toute heure. Nous y pensons la nuit, chez nous, parce que nous savons que des gens dorment dehors. Nous agissons dans la proximité, notamment à travers des actions d’occupation qui, pour discutable qu’elles soient d’un point de vue légaliste, ont des effets rapides. Il est vrai que nous n’avons pas «géré» la vie: nous l’avons partagée. Mais c’est ainsi que, malgré l’âpreté de la situation, le Collectif s’est montré solidaire jusqu’à la fin. Les habitants se sont retirés de leur plein gré, parce qu’ils ont compris que les signataires de la Convention risquaient gros, au vu des pressions financières et juridiques que l’on a fait peser sur eux.

Pour les autorités vaudoises, il semble au contraire que la politique s’arrête à la porte de leur bureau. En six mois, pas un membre des TL, ni des collectivités publiques, n’est venu jusqu’à la halle Heineken. Pas une seule fois. Qu’on se le dise.

Il a dit

Créé: 18.04.2016, 17h03

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