À président fort, parlement faible: le cas français...

La rédactionAlain Rebetez observe le fonctionnement de l'Assemblée nationale, parfois objet de tristesse.

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C’était il y a quelque chose comme 45 ans. J’avais à l’école secondaire un professeur de français un peu fatigué, désabusé, qui à temps perdu donnait ce qu’on appelait «l’éducation civique». Mais la politique le passionnait! Alors dans ces rares cours, cet homme à la chair triste et qui avait lu tous les livres s’animait soudain et déployait des trésors de ruses pour nous intéresser à l’exaltant fonctionnement des institutions politiques.

Un jour, par exemple, il compara les organigrammes étatiques de l’URSS et de la Suisse. Oui, l’URSS, à l’époque le Mur tenait bon. Et la surprise fut de découvrir que sur le papier, les institutions parlementaires des deux pays étaient très similaires. Il suffisait d’un détail pour tout changer: le parti unique tranchait de la dictature ou de la démocratie…

Pourquoi évoquer ce souvenir ?

La France n’est pas une dictature, quoi qu’on en dise dans les cortèges de manifestants. Il est difficile aussi de prendre au sérieux la polémique d’une Ségolène Royal qui, éjectée d’un poste honorifique, s’inquiète soudainement du «régime autoritaire» du président Macron.

«À ces parlementaires placés sous une tutelle humiliante répond l’irresponsabilité de l’opposition. »

Mais au pays de Montesquieu, le spectacle de l’Assemblée nationale est parfois un objet de tristesse. L’essence de la démocratie tient à la séparation des pouvoirs et elle n’a de sens que si, à un pouvoir fort, répondent des contre-pouvoirs forts eux aussi. Or à l’Assemblée nationale, les députés de la majorité présidentielle sont placés dans une dépendance humiliante par rapport au chef de l’État. Leur moindre amendement doit être approuvé par le gouvernement. À l’avance. S’il ne l’est pas, on oublie, on obéit, on file droit, car toute expression de désaccord serait interprétée comme une atteinte insupportable à l’autorité du président.

Allez faire des lois dans ces conditions…

La semaine passée, les députés LREM ont refusé de prolonger de cinq à douze jours le congé parental en cas de décès d’un enfant. C’était un amendement minoritaire, le gouvernement exigeait le rejet, et donc la majorité a rejeté. Par discipline. Puis le président a estimé que c’était une erreur: le projet reviendra, la majorité approuvera, toujours par discipline.

À ces parlementaires placés sous une tutelle humiliante répond l’irresponsabilité de l’opposition. Puisque ce qu’ils proposent sera refusé, ils peuvent faire n’importe quoi, comme de proposer 19353 amendements contre la loi sur la réforme des retraites, exploit récent de la France insoumise dans le but illusoire de faire capoter la loi.

Ce parlement faible, déresponsabilisé, qui assure le spectacle du pouvoir plus que son exercice véritable, est décidément un objet d’étonnement. Cela dit… J’ai regardé par curiosité la durée du congé parental en Suisse en cas de décès d’un enfant. Ce ne sont ni douze jours ni cinq. Ce sont trois jours…

Créé: 07.02.2020, 06h51

Alain Rebetez, correspondant à Paris.

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