Presque tout savoir et ne pas faire grand-chose: paniquez!
L'invitéJean-Yves Pidoux constate le gouffre entre belles intentions et réalité.
Un montage vidéo, devenu viral aux États-Unis, en montre le président qui, séquence après séquence, affirme qu’il connaît «mieux que personne au monde» telle ou telle question. Tout y passe, dont la construction et la fiscalité… Ce que cet homme omniscient oublie de mentionner, c’est sa faculté phénoménale de ne connaître que le court terme, et d’agir en conséquence. Et s’il incarne jusqu’à la caricature la fierté d’ignorer sous le couvert de tout savoir, il n’est pas seul dans son cas. Notre système politique et économique est devenu si enchevêtré que ses maîtres n’ont plus guère d’emprise sur son évolution à long terme.
La formule de la jeune activiste suédoise Greta Thunberg, «Je veux que vous paniquiez», peut aussi être vue comme expéditive. Au moins ne se vante-t-elle pas. Et elle est, de même que les actions des jeunes de sa génération, beaucoup plus lucide que les tribuns élus à la tête des États. Il n’est pas difficile de constater que des négociations internationales cacochymes débouchent sur un cortège de belles intentions, qui ne sont pas mises en œuvre: sous prétexte que les autres n’agissent pas, les gouvernants n’agissent pas non plus.
Le monde économique n’est pas à meilleure enseigne que les responsables politiques. Faut-il rappeler que les prix du CO2 ont drastiquement chuté après la COP21 de Paris! Ayant anticipé les mesures étatiques, ayant constaté (et parfois même déploré) leur caractère acratopège et leur mise en œuvre déficiente, les traders se remettent dare-dare à spéculer sur les prix des énergies fossiles.
Quant aux entreprises, elles affichent bien sûr leurs bonnes intentions et leur «responsabilité sociétale», mais mettent en évidence l’impossibilité économique de les concrétiser pleinement. À les entendre, nous disposons de toutes les ressources technologiques nécessaires à nous sortir de la situation intenable dans laquelle notre inaction plonge le monde de nos enfants et de nos petits-enfants, à ceci près qu’il faudrait que les paramètres de la concurrence nous permettent de faire juste. Mais, comme le rappelle le FMI, les conditions-cadres sont tellement déformées en faveur des énergies fossiles qu’elles ne permettent pas la mutation nécessaire. Au final les puissants du monde économique, aussi impuissants que les chefs d’État, ne peuvent rien faire d’autre qu’assurer la réussite de leur entreprise.
En 2050 les gens de ma génération seront morts ou à peu près, et les jeunes d’aujourd’hui auront, eux et leurs enfants, hérité d’un monde à bout de souffle et ingérable – à cause des températures à la dérive, et des effets géopolitiques du changement climatique.
Sommes-nous si indifférents du hiatus entre notre savoir et nos actes, que nous persistions à ne pas paniquer?
Créé: 28.03.2019, 06h43
Jean-Yves Pidoux, conseiller municipal, directeur des Services industriels, Lausanne.
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