Les producteurs de lait ne parviennent pas à investir

L'invitéChristian Jaccoud déplore les graves problèmes qu'affrontent les paysans avec vaches et esquisse une solution.

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Sera-t-il encore possible dans quinze ans de boire un verre de lait suisse? Au vu de l’évolution de l’état de santé de la filière dans notre pays, et même si nous sommes toujours dans des problématiques de surplus de production, il n’est pas farfelu de se poser la question. Une étude récemment réalisée dans le Canton de Schaffhouse vient ainsi de révéler que la moitié des producteurs de lait de ce canton compte stopper la production dans les cinq prochaines années. L’exercice donnerait probablement des résultats similaires ici.

Constater que la filière du lait va mal n’est pas un scoop. Mais peu de gens ont pris conscience qu’elle pourrait rapidement et complètement disparaître. Pour une raison toute simple: la vétusté des infrastructures. Vu les prix payés aux producteurs, ils n’ont en effet plus les moyens de mettre à jour leurs installations ou d’en créer de nouvelles. Conséquence, ils sont condamnés à disparaître les uns après les autres.

Des solutions existent pourtant. L’évolution technologique ouvre de nouvelles perspectives. L’automatisation de certaines tâches et le suivi toujours plus précis des vaches peuvent permettre de produire, aussi en Suisse, du lait industriel à un tarif concurrentiel. Tout en permettant aux agriculteurs d’en vivre. Problème: les investissements à effectuer pour construire des étables de taille suffisante et les équiper du matériel nécessaire (distributeurs de nourriture, robots de traites et autres systèmes de mesure) sont conséquents. Or, avec les prix actuels du marché, il est impossible pour un agriculteur de réunir les fonds permettant le lancement d’un nouveau projet.

Les consommateurs ont encore souvent un peu de peine à joindre l’acte d’achat à la parole

La solution ne peut donc venir que d’un soutien public, sous la forme de prêts à des taux favorables. Malheureusement, la volonté politique ne semble plus exister. Plutôt que d’encourager les agriculteurs à investir et s’adapter, comme ils l’ont toujours fait jusque-là, il semble qu’on préfère les voir se transformer en gentils salariés, récupérant chaque fin de mois leur dû pour leur soigneux travail d’entretien du paysage. Petit à petit, on tue donc l’esprit d’entrepreneur qui a toujours animé les femmes et hommes des métiers de la terre.

Cette situation est, en sus, paradoxale. Si le mouvement de retour vers les productions locales n’est pas encore suffisant pour faire vivre tout le secteur, il n’en est pas moins bien réel. L’initiative pour garantir la sécurité alimentaire dans le pays n’a-t-elle pas récolté 150 000 paraphes en deux mois à peine? Les consommateurs ont encore souvent un peu de peine à joindre l’acte d’achat à la parole. Mais il serait souhaitable que le jour où ils se décideront à le faire, il reste encore sur les étalages quelques briques de lait suisse.

Créé: 28.02.2017, 11h03

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