À propos du tournant numérique à l’école

L'invitéEnzo Santacroce, enseignant, répond à une réflexion de Mme François Emmanuelle Nicolet parue dans nos colonnes.

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Sans être technophobe, il me semble effectivement opportun de rappeler que l’école doit, tout en étant le reflet des avancées technologiques, rester un lieu privilégié où se cultive la pensée critique. En ceci, j’abonde dans le sens de ma collègue Mme Françoise-Emmanuelle Nicolet dans sa réflexion du 22 novembre dernier dans 24 heures.

En revanche, mon opinion sur les technologies diverge de la sienne: celles-ci ne représentent aucunement un désastre, au contraire! Si on part du principe que ces dernières sont des moyens et non des finalités, adopter des technologies numériques et les intégrer dans les cours permet alors de stimuler autrement les processus de mémorisation des contenus enseignés.

Utiliser sa tablette, ou des applications via son smartphone dynamise l’apprentissage en diversifiant les styles pendant les leçons. Par ailleurs, l’introduction des technologies permet aux enseignants de s’interroger sur leur rôle vis-à-vis des élèves, dans la mesure où d’autres approches pédagogiques, moins frontales, deviennent nécessaires si la mission première est de maintenir vive la réceptivité des apprenants.

Dans ce cas de figure, qu’en est-il de la pensée critique? Est-elle en péril? Je pense que la révolution numérique est en réalité une belle occasion pour la pensée critique de s’affûter en allant puiser dans l’arsenal que sont les humanités.

Par exemple, la robotisation croissante de certaines tâches professionnelles impactant nos vies mène à des questionnements éthiques, sociaux, économiques: quels métiers pour demain? Qu’est-ce que l’humain et comment va-t-il créer et gérer des richesses? Autre exemple marquant: comment préserver la sphère privée lorsque l’emploi des réseaux sociaux est de plus en plus massif? Ces questions sont déjà des défis et pour les relever il sera d’autant plus nécessaire de recourir aux penseurs, aux poètes, aux historiens et aux écrivains tels que Platon, Hésiode, Hérodote, ou Orwell.

Le mérite des humanités est de soulever des thèmes universels qui nous permettent d’évaluer notre présent à la lumière des pensées et des mises en garde des hommes du passé. Dès l’Antiquité des réflexions sur la frontière entre le réel et le virtuel ont effectivement vu le jour, lesquelles, transposées dans notre actualité, renouvellent le débat autour de la notion de vérité.

Préserver ce qui fait le propre de l’homme est l’objectif fondamental de l’institution scolaire: «Nous ne sommes pas des machines, mais les machines peuvent aider à nous penser.» (Frédéric Kaplan).

Comme premier pas, j’invite donc nos jeunes à comprendre le monde et non à le changer, car cet effort leur permettra de réfléchir à l’équilibre à trouver entre l’exercice de leur liberté et les performances technologiques. (24 heures)

Créé: 12.12.2017, 15h56

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