Où va le protestantisme vaudois?

L'invitéLe théologien Daniel Marguerat revient sur la grève de la faim du pasteur Fatzer. Et de poser quelques questions fondamentales.

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La grève de la faim du pasteur Fatzer a fait du bruit cet été. Tout (ou presque) a été dit par les pros et les anti-Fatzer. Sauf l’essentiel, à mon avis. On peut penser ce qu’on veut de ce coup d’éclat, et pour ma part je désapprouve la manière. Mais négliger les questions qu’il pose serait, de la part des protestants vaudois, une surdité coupable.

Il interroge d’abord sur la gestion des ressources humaines dans l’Eglise. Malheur à qui brise l’omerta, la loi du silence. Le cas Fatzer n’est pas isolé. Six licenciements secs de ministres en deux ans, c’est du jamais vu. Plusieurs procès sont d’ailleurs ouverts. Licencier avec effet immédiat est une mesure extrême et cruelle, qu’une entreprise doit exercer quand elle est en danger.

Dénoncer la gestion du personnel menace-t-il les protestants vaudois? Dans le protestantisme, le crime de lèse-majesté n’existe pas. Néophyte en matière de gestion de personnel, l’autorité de l’Eglise s’est inspiré des pires modèles en usage dans l’économie. On espère de sa part plus de hauteur, plus d’humanité envers ceux qu’elle a solennellement, en la cathédrale de Lausanne, consacré devant Dieu au ministère pastoral.

Mais surtout, serrer la vis aux pasteurs sortira-t-il les protestants de l’ornière? Le scandale actuel intervient dans un contexte difficile. Devenu minoritaire, affaibli par la raréfaction et le vieillissement de ses fidèles, le protestantisme historique est menacé dans ce canton. J’approuve le Conseil synodal (autorité exécutive) de chercher des solutions pour sortir de l’impasse.

Le renouveau du protestantisme passe par la construction de communautés paroissiales fortes, conviviales, fraternelles

Mais gendarmer les ministres est-il la bonne décision? Avec le respect dû à cette autorité, il faut reconnaître que cette stratégie n’est assurément pas la bonne. Le renouveau du protestantisme passe par la construction de communautés paroissiales fortes, conviviales, fraternelles, centrées sur la prière et l’entraide sociale. Des communautés témoignantes et agissantes. Pour ce faire, il ne faut pas gendarmer les ministres, mais les appuyer, les former, les encourager.

Leur proposer une vision d’Eglise plutôt que l’observance à la lettre d’un règlement interne. Leur donner du souffle plutôt que les menacer d’exclusion. Un porte-parole des ministres vaudois, dans ce journal, estimait à 10% le nombre de pasteurs malmenés par les Ressources humaines. Dans une entreprise, c’est alarmant. Dans une Eglise, inacceptable. Il appartient au Synode (organe législatif) d’être le gardien des valeurs protestantes.

Au-delà de la reconnaissance des erreurs commises (le pape sait demander pardon), le peuple de l’Eglise attend que ses décisions soient inspirantes, entraînantes, futuristes, et pour tout dire évangéliques.

Créé: 17.08.2016, 15h22

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