Le recul rassurant des sites de désinformation francophones

L'invitéDaniel Cornu commente une enquête relative à la diffusion de fake news sur internet.

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Les sites francophones de désinformation reculent sur Facebook. C’est «Le Monde» qui nous l’apprend (édition du 23 octobre). Le quotidien français a mis en place en février 2017 un outil destiné à lutter contre la diffusion en ligne de fake news. Nommé Décodex, cet outil fait du «Monde» un partenaire de Facebook pour la vérification d’informations signalées comme fausses par les utilisateurs.

Le journal a donc analysé plus de 600 sites francophones identifiés au fil des activités de Décodex. Le nombre des sites repérés pour diffuser un nombre significatif de fausses informations (244) et celui des sites réputés plutôt fiables (233) sont en équilibre. S’y ajoutent des sites considérés comme douteux (93) et des sites parodiques (60), dont on peut espérer que les visiteurs ne sont pas dupes.

«Les sites plutôt fiables enregistrent près des trois quarts (72,3%) de l’engagement»

Les auteurs de l’enquête ont ensuite scruté l’activité de ces sites sur les réseaux sociaux, de janvier 2015 à septembre 2018, grâce aux données de BuzzSumo, une entreprise américaine. Pour reprendre à la lettre les précisions apportées par le journal, cet instrument mesure l’engagement des internautes: la somme des partages, des commentaires ou des mentions «J’aime» accompagnant les publications des sites en question sur quatre réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Pinterest et Reddit). Cet indicateur donne ainsi un reflet de leur popularité, ou du moins de leur potentiel viral. Bien que cette enquête reste partielle, elle donne un premier indice rassurant. Même à leur niveau le plus bas, en octobre 2015, les sites plutôt fiables enregistrent près des trois quarts (72,3%) de l’engagement.

Un autre constat est plus préoccupant. Certains sites tenus au contraire pour cultiver la fausse information rivalisent sur la durée avec des médias traditionnels. Exemples donnés par «Le Monde», les deux plus populaires sur les réseaux sociaux ont suscité chacun en quatre ans plus d’interactions – 63 millions pour santeplusmag.com et 57 millions pour lagauchematuer.com – que «Le Point» (48 millions), «Libération» (47 millions) ou Europe 1 (47 millions).

Le bilan final est bien entendu provisoire. Les sites mensongers ou douteux perdent du terrain. Leur «part de marché» représentait au départ un quart environ des engagements sur Facebook, elle a diminué de moitié depuis 2015. Cette évolution n’est pas due à une montée en puissance des médias traditionnels ni à une baisse de leur propre production, mais bien à un repli.

Dans «La démocratie internet» (2010), le sociologue Dominique Cardon évoquait les promesses et limites du réseau. Il ne se départ pas de son optimisme: «On peut faire l’hypothèse qu’il y a une forme d’apprentissage collectif qui se met progressivement en place.»

On veut bien le suivre. La question se pose quand même: maladies infantiles de l’internet ou risques de toxicité durables? Car c’est bien la santé de la démocratie qui est en jeu. (24 heures)

Créé: 03.12.2018, 06h55

Daniel Cornu, médiateur de Tamedia Publications romandes.

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