Le rejet de la loi sur le CO2 fait fi des attentes du peuple

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Le naufrage de la loi sur le CO2, cette semaine au parlement, ne fait pas honneur à la politique suisse. Fin 2017, au terme d’une consultation sans enthousiasme, le Conseil fédéral accouche d’une proposition modérée, histoire de fâcher le moins de monde possible. Tout en affirmant son intention de concrétiser les objectifs fixés par l’Accord de Paris sur le climat, que la Suisse a signé. Il s’agit, ni plus ni moins, de réduire de moitié nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, pour tenter de contenir le réchauffement de la planète à moins de 2 degrés.

Les choses se gâtent quand on se met à parler argent. La taxe sur le CO2, prélevée depuis dix ans pour renchérir les combustibles fossiles tels que le mazout et le gaz naturel, doit passer de 120 à 210 francs par tonne. Le prix du litre d’essence pourrait augmenter de 8 centimes, mais certains, à gauche, prônent une hausse de 20 centimes. Ce même front souhaite aussi l’introduction d’une taxe sur les billets d’avion – quelques dizaines de francs par vol – au départ des aéroports suisses. Tout cela pour favoriser le recours aux énergies renouvelables.

Au Conseil national, la bagarre dure plusieurs jours. Les élus biffent des mesures, arrachent des compromis sur d’autres points, s’énervent sur des détails. Les positions se crispent. À gauche, on juge que le résultat manque de consistance, à cause des coups de boutoir de la droite. Impossible, à ses yeux, d’infléchir le changement climatique avec une loi aussi peu ambitieuse. La puissante délégation UDC, elle, estime que la révision va encore trop loin. Qu’elle pénalisera à la fois les propriétaires et les entreprises. Au moment du vote décisif, cette alliance contre nature décide donc de rejeter l’ensemble du projet. Au Conseil des États, désormais, de repartir de zéro!

Un tel échec doit interpeller aussi bien le citoyen que la classe politique. Certes, une lecture optimiste pourrait conclure au bon fonctionnement de notre système démocratique: quand un projet n’est pas assez mûr pour convaincre la majorité, mieux vaut le revoir de fond en comble. Mais en l’espèce, l’urgence climatique pèse lourd dans la balance. Marc Chardonnens, le directeur de l’Office fédéral de l’environnement, le disait il y a un an tout juste: «Toutes les années où l’on attend sont perdues, sachant que le CO2 reste présent environ 100 à 200 ans dans l’atmosphère. Tout ce qu’on fait maintenant est gagné pour nos petits-enfants.»

C’est donc une lourde responsabilité que portent nos élus, Conseil fédéral en tête. La population ne cesse d’exprimer ses attentes: tous les sondages montrent que la protection de l’environnement figure parmi les principales préoccupations des Suisses. Pour alléger drastiquement notre empreinte carbone, le cadre légal devra imposer des taxes et incitations financières claires, mais aussi accompagner les progrès technologiques, très prometteurs en la matière. La Suisse, comme le reste du monde, a besoin de décisions rapides et courageuses.

Créé: 14.12.2018, 08h24

La rédaction, Patrick Monay

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