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Reluquer, guigner: plaisir d’enfance

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Il se passe beaucoup de choses dans les entrailles, les dessous de l’arène qui est, il faut quand même le dire, une construction extraordinairement bien conçue, qui donne une impression de solidité rassurante et totale. On y voit les figurants en attente, en stress, en fatigue, en coup de chaud, en joie, en discussion. On y croise les techniciens, dont il faut louer la bonne humeur et la tranquillité alors qu’ils ont des tâches importantes et complexes à assumer. Ils saluent, sourient, renseignent. Je pense qu’ils ont du plaisir à faire leur travail hors norme au cœur de cet événement hors norme. Sous l’arène, on voit aussi les figurants lorgner, quand ils le peuvent, les bouts de spectacle qui se déroule sans eux.

L’autre jour, j’ai surpris quelques effeuilleuses en train de reluquer avec gourmandise. Et, à l’instar de ce qu’elles réussissent toutes ensemble sur scène, ces quelques chapeaux et froufrous rassemblés en grappe et de dos formaient un bien joli tableau. En reluquant les reluqueuses, il m’a semblé qu’elles s’amusaient bien, à guigner ainsi par le maigre espace qui leur était offert, entre deux rideaux. Elles m’ont rappelé une image en noir et blanc de Robert Doisneau, qui avait immortalisé une bande de gosses perchés sur la pointe des pieds, occupés à guigner par une fenêtre. Reluquer, lorgner, guigner, c’est un plaisir qui doit remonter à l’enfance, avec ce côté interdit qui fait qu’on a le sentiment de cueillir quelque chose en douce qu’on n’aurait pas capté si on n’avait pas osé.

Quand je suis dans le train qui entre en gare, le soir, quand la nuit est installée, j’adore raser des immeubles et reluquer dans les appartements éclairés. Je n’espère nullement y apercevoir des scènes d’ordre intime, mais je suis comme au cinéma, j’ai quelques secondes pour découvrir un décor, des lumières, une cuisine où une silhouette s’active, où un homme en marcel, un verre à la main, parle avec sa compagne. Un spectacle.

Quand j’étais môme, mon père m’avait viré du salon où il s’apprêtait à raconter une histoire interdite aux enfants à des amis venus pour le souper. Je suis sorti du salon mais, caché derrière la porte entrouverte, j’ai reluqué et écouté. Il n’est pas question que je raconte ici ce que j’ai entendu et qui était loin d’être de la poésie. D’ailleurs j’ai oublié, mais je garde la saveur du moment, du fragile espace qui me laissait voir et entendre sans être vu, plus attentif alors que je ne l’ai jamais été à l’école. Un délice. Reluquons, lorgnons, guignons, dans les coulisses de la vie comme dans celles de l’arène.

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