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Dire ou ne pas dire: quelles responsabilités des médias?

Daniel Cornu rappelle les règles déontologiques concernant la publication de données comme l'identité ou la nationalité.

Deux affaires récentes ont suscité la réflexion au sein des rédactions de Suisse romande. Elles sont sans lien entre elles. Mais elles placent les médias devant la même alternative: dire ou ne pas dire. Brefs rappels.

Le 31 août, à Villeurbanne dans la banlieue lyonnaise, un homme armé d’un couteau et d’une fourchette de barbecue assaille des passants. Le bilan est lourd: un mort et huit blessés. L’homme est Afghan. Les médias répercutent cette information. Ont-ils raison?

Le lundi 9 septembre s’ouvre à Genève le procès pour escroquerie d’un gérant de fortune connu dans la République en raison de ses activités politiques. L’affaire n’est pas bénigne. Les dommages subis par les plaignants, appartenant pour l’essentiel à son milieu familial, sont considérables. Tous les médias locaux publient le nom du prévenu, qui sera condamné trois jours plus tard. Une telle divulgation est-elle justifiée? Dire ou ne pas dire?

«Il doit exister une relation entre les faits relatés et la fonction de cette personnalité ou les causes de sa notoriété.»

La Déclaration des devoirs et des droits de la profession énonce des règles claires. Dans les affaires de justice, elles valent aussi bien à propos d’un suspect, d’un prévenu que d’un condamné. Encore faut-il les confronter aux situations réelles.

La mention de la nationalité devrait être passée sous silence si elle n’est pas indispensable à la compréhension des faits et si elle risque de produire un effet discriminatoire. Le drame de Villeurbanne a aussitôt suscité le soupçon d’un acte terroriste, par la suite écarté. Il a conduit les enquêteurs et les journalistes à s’intéresser au parcours de l’agresseur, à son profil. Dans un tel contexte, la mention de sa nationalité pouvait difficilement s’omettre.

La divulgation de l’identité du gérant de fortune genevois était, elle aussi, encadrée par la déontologie. Pour que le nom d’une personne connue soit divulgué, il doit exister une relation entre les faits relatés et la fonction de cette personnalité ou les causes de sa notoriété. Fallait-il considérer que la masse imposante des actes reprochés au prévenu était sans relation avec ses fonctions politiques passées de président de parti et, plus encore, de président du Grand Conseil genevois? Tenir compte d’une notoriété diminuée du fait de son retrait de la vie politique depuis cinq ans?

Le point décisif de l’histoire, au moins pour la rédaction de la «Tribune de Genève», tient pourtant à un épisode particulier des actes délictueux du prévenu. Relativement mineur en termes comptables: quelque 80'000 francs par ailleurs remboursés, sur plus de trois millions portés au total de l’acte d’accusation. Mais lié à son ancien statut de président de la Fondation pour l’agrandissement du Musée d’art et d’histoire de Genève. La charge entrait bien dans la définition générale proposée par la déontologie d’une «fonction dirigeante étatique ou sociale» autorisant la divulgation de l’identité. Le nom du gérant a donc été divulgué.

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