Du rôle de l’émotion dans notre monde chahuté

L'invitéeClaire Richard rappelle qu'avoir peur participe des mécanismes de sauvegarde.

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On entend souvent, aujourd’hui, des propos vanter la science et décrédibiliser l’émotionnel. Récemment encore, j’ai assisté à un cycle de conférences sur la finance durable, destinées essentiellement aux professionnels de la branche. La qualité de la présentation d’une oratrice en particulier s’est révélée encourageante concernant la durabilité en matière financière.

Puis vint le tour d’un professeur d’université imbu de son savoir académique. Il a passé l’essentiel de sa présentation à vanter la prédominance de la science – ceux qui savent, qui ont des diplômes et des certitudes – et à décrédibiliser l’émotionnel – la population, les jeunes, les «ignorants». Et surtout à ridiculiser ceux qui, aujourd’hui, s’indignent, s’inquiètent, le disent et le montrent, voire désobéissent!

Cette manière de caricaturer une situation, certes inhabituelle pour notre pays calme, pondéré et propre en ordre, m’a fait réfléchir au sens et au rôle de l’émotion.

L’inquiétude, la peur, voire l’effroi, sont effectivement des émotions. Mais ces émotions participent à la survie de l’espèce (humaine ou animale), puisqu’elles avertissent l’individu d’un danger plus ou moins proche, plus ou moins lancinant.

La science, depuis une cinquantaine d’années, tente de nous avertir de différents dangers. Les climatologues, les océanographes, les biologistes n’ont pas été avares en information. Ils ont alerté, de manière de plus en plus pressante, les décideurs économiques, financiers, politiques, de la dégradation de la biosphère et du climat. Mais leur science, fondée sur le long terme, n’a pas réussi à se juxtaposer aux impératifs des décideurs, fondés sur le court terme.

La situation s’est détériorée proportionnellement à la croissance exponentielle de notre consommation et de la population mondiale. Or, contrairement à une gazelle qui, si tout va bien, peut s’enfuir lorsqu’elle perçoit l’approche d’un lion, nul ne peut s’échapper de la biosphère terrestre, blessée et dégradée.

On comprend dès lors aujourd’hui qu’il faut laisser libre cours à l’émotionnel pour prendre conscience du danger. La science a fait ce qu’elle a pu, c’est maintenant aux citoyens de faire cette démarche et d’agir avec force pour sauver ce qui peut l’être, et pour reconstruire.

Ainsi, l’intense émotion qui a saisi une partie de la population suisse et mondiale est un complément indispensable à la science pour lancer, même tardivement, une prise de conscience et une réaction rapide et clairvoyante.

À ce titre, je ne peux que me réjouir de constater que quelques juges, même chez nous, ont commencé à adapter et à élargir en droit la notion de réaction face à un danger imminent.

Le monde change, la science et l’émotion doivent aller de pair dans un contexte où les certitudes et cloisonnements du passé n’ont plus cours.

Créé: 10.02.2020, 06h44

Claire Richard, députée Vert'libérale.

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