Tous salariés de l’Etat, et cela dès le berceau?

La rédactionJudith Mayencourt montre l'utopie de l'initiative pour un revenu de base, refusée cette semaine par le Conseil national.

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Le texte est promis à un flop retentissant dans les urnes. En attendant, il a fait cette semaine les délices du Conseil national, où l’on s’en est donné à cœur joie dans un de ces débats aussi captivants qu’inutiles. Et nul doute qu’il sauvera de l’ennui bien des dîners de famille, tant les réactions qu’il provoque sont épidermiques, passionnées, voire violentes. Je veux bien sûr parler de l’initiative pour un revenu de base, dernière-née des utopies à la mode.

L’intention est à la fois noble et ambitieuse. Il s’agit de libérer l’individu de l’asservissement au travail et à l’obligation de rentabilité. Permettre à chacun de vivre dignement, alors que l’emploi est devenu aujourd’hui une denrée trop rare pour occuper toute une population. La perspective est assez vertigineuse pour enflammer la socialiste Ada Marra, fervente partisane du texte. «Ce projet est la seule issue à l’impasse du capitalisme», a-t-elle lancé à la tribune du National, interpellant directement quelques camarades socialistes encore sceptiques: «Vous ne croyez plus au dépassement du capitalisme!» Et toc!

Le revenu de base serait l’occasion de créer un nouvel Etat social, parfaitement égalitaire

Lancée par quelques intellectuels, dont on salue l’obstination qui aura permis de réunir 125 000 signatures, l’initiative postule l’instauration d’une allocation étatique – on ne saurait parler de salaire – de 2500 francs par mois pour les adultes, et de 625 francs par enfant. Perspective relativement agréable pour une famille de deux enfants – d’autant que rien n’interdit aux gens de travailler et d’arrondir leurs fins de mois. Nettement moins réjouissante, bien sûr, pour une veuve âgée qui, elle, n’aura sans doute pas ce loisir. Mais on ne peut pas tout avoir, n’est-ce pas?

Car derrière le dépassement du capitalisme si cher à la gauche et l’avènement d’une société du bénévolat, le revenu de base promet une autre révolution, tout aussi vertigineuse: la suppression de tout le fatras des assurances sociales, avec leurs effets de seuil pervers, leurs vraies-fausses incitations, et le lot de complications administratives inhérent à un édifice aussi compliqué que l’est notre Etat social. Le revenu de base serait l’occasion d’un grand coup de balai pour instaurer un nouvel Etat social, plus simple, parfaitement égalitaire – et parfaitement injuste!

La liste des questions non résolues est longue, à commencer par celle-ci: comment financer un tel projet, devisé à la bagatelle de 200 milliards de francs par an? Peu importe, puisqu’on sait bien que c’est «pour de rire»!

Mais la perspective de remplacer une logique de solidarité entre tous par un rapport de dépendance envers l’Etat tout-puissant fait-il vraiment rêver? Tous salariés de Berne et cela dès le berceau? Derrière la sympathique utopie de quelques gentils, voilà bien un projet aussi totalitaire qu’effrayant.

Créé: 25.09.2015, 09h32

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