Satanée presse qui cherche des poux

Carte blanchePatrick Chuard, rédacteur rubrique Vaud et régions.

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Est-il juste de payer pour subir des critiques? D’allonger de la thune pour se faire essorer? C’est une question qui va être évoquée aujourd’hui à Morges. Les responsables de la Conférence des Églises réformées de Suisse romande vont discuter ce samedi de l’avenir de Protestinfo.

Cette petite agence de presse basée à Lausanne, financée par les deniers du culte de plusieurs cantons romands, est dans le collimateur de l’Église protestante de Genève (EPG), qui veut revoir ses «buts et ses moyens». Motif: certaines dépêches récentes ont déplu à ses responsables. Des textes qui, «tant sur le projet de loi sur la laïcité à Genève que sur le festival Reform’action sont révélateurs de choix journalistiques plutôt que d’un travail d’agence de presse», dénonce le président de l’EPG.

«On peut même se demander si l’un des réflexes les plus basiques du journalisme, celui de systématiquement donner la parole à l’autre, de faire exister une vision alternative, en quête d’une vérité qui n’est jamais révélée une fois pour toutes, n’est pas l’une des traductions séculaires de la figure de l’Autre dans l’Évangile»

Quelles fautes a donc commises Protestinfo pour justifier pareille attaque? Dans le premier cas, le rédacteur de l’agence a eu le culot de donner la parole à des laïcards purs et durs, ennemis déclarés de la religion: il lui semblait que leurs arguments devaient aussi être entendus avant le vote sur la laïcité au Grand Conseil genevois.

Dans le deuxième cas, l’agence a rapporté le succès du festival Reform’action, en novembre 2017, qui a réuni près de 5000 jeunes protestants dans la Cité de Calvin. Mais elle a aussi relayé des voix contraires, citant par exemple une pasteure vaudoise choquée d’entendre dans un atelier «que les homosexuels étaient des menaces pour notre société et que les couples divorcés étaient mauvais».

Ce dont on accuse Protestinfo, c’est donc de donner la parole à tout un chacun, de faire vivre les débats, de ne museler personne. Bref, de faire un vrai travail d’agence de presse.

Face à cette offensive, le responsable de Protestinfo a rédigé un long plaidoyer, qui commence par une question basique: «À quoi sert un journaliste?» Est-il vraiment utile, cet empêcheur de tourner en rond qui a l’outrecuidance d’investiguer au service de l’intérêt public, qui n’a de compte à rendre qu’à son lecteur? Ce satané journaliste, «craint, souvent flatté, ordinairement peu estimé» – selon la formule d’un ancien rédacteur en chef – énerve forcément le pouvoir en place, qu’il soit ecclésiastique ou civil, quand il va lui chercher des poux.

Un aiguillon douloureux

On peut comprendre que certains aient la tentation de museler une presse trop libre qui refuse de chanter les cantiques à l’unisson, un aiguillon dont la piqûre peut faire mal. Mais c’est oublier que la Réforme elle-même est née d’une dénonciation, si l’on me permet un tel raccourci. La conscience individuelle et la critique permanente appartiennent aux fondamentaux du protestantisme. On peut même se demander si l’un des réflexes les plus basiques du journalisme, celui de systématiquement donner la parole à l’autre, de faire exister une vision alternative, en quête d’une vérité qui n’est jamais révélée une fois pour toutes, n’est pas l’une des traductions séculaires de la figure de l’Autre dans l’Évangile.

L’existence et l’autonomie rédactionnelles de Protestinfo prouvent la maturité des Églises romandes. Heureusement, l’offensive de l’EPG semble avoir peu de soutien dans les autres cantons romands. Oui, il faut parfois passer à la caisse pour financer une entreprise dont on risque de sortir essoré. (24 heures)

Créé: 01.06.2018, 21h55

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