Les sénateurs sont allés chercher Emmanuel Macron

La rédactionXavier Alonso met en exergue le rôle du Sénat qui se pose enfin en contre-pouvoir à la toute puissance de l'Élysée.

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«S’ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu’ils viennent le chercher.» L’été dernier, alors que démarrait l’affaire Benalla, Emmanuel Macron faisait son bravache devant un parterre d’élus de son parti, La République en marche. La provocation du président de la République avait déconcerté tout le monde, opposition et majorité inclus. Sept mois plus tard, les sénateurs sont allés le chercher, ce président si sûr de lui.

En effet, mercredi dernier, la commission d’enquête du Sénat estime que la sécurité de l’Élysée a été mise en péril. Et elle pointe, au-delà des errements individuels de ce drôle de garde du corps nommé Alexandre Benalla, des dysfonctionnements majeurs dans l’entourage d’Emmanuel Macron, voire de la part du président lui-même. Bien que, selon la Constitution française, ces élus de la Chambre haute ne peuvent rien contre lui. Élu au suffrage universel, le président de la République n’est obligé de rendre des comptes à personne. Si ce n’est au peuple souverain lors de la prochaine élection.

Mais le bicaméralisme français fonctionne. Ce Sénat que Macron avait envisagé de supprimer – avant de se raviser – joue parfaitement son rôle de contrôleur de l’Exécutif. Le système d’élection des sénateurs français, certes un tantinet complexe, permet au moins d’atténuer les effets de mode des suffrages majoritaires et les poussées d’adrénaline de l’opinion publique. Car La République en marche! ne pèse pas grand-chose dans cette chambre: 23 sénateurs sur 348. Auxquels on peut ajouter les 51 élus centristes (UDI et MoDem). Mais le compte n’y est toujours pas…

«Ça a presque la saveur d’un San-Antonio genre «Bérurier à l’Élysée»

Contrairement à l’Assemblée nationale, très peu de sénateurs doivent leur élection au phénomène Macron. C’est donc cette vieille institution poussive qui se présente désormais en affranchie, libre de parole et non redevable au président. Elle peut donc «aller chercher» Macron et son gouvernement. Si les considérations de cette enquête sont parfois techniques, elles disent bien la fébrilité et l’amateurisme qui règnent autour du chef de l’État, qui ne peut les ignorer. Voire qui les encourage, lui qui se désigne en seul responsable «à venir chercher».

Mercredi dernier surgit enfin une vraie opposition. Avec du fond et de réelles interrogations. Elle a pris la forme de la sénatrice des Républicains Muriel Jourda. Les mots de la corapporteuse de la commission sont cinglants et inquiétants pour la France: «Il n’y a pas une affaire Benalla. Il y a une affaire de la Contrescarpe et du Jardin des Plantes (ndlr: lieux où se sont déroulées les interpellations musclées de Benalla). Une affaire de permis de port d’arme, une affaire de contrats russes, une affaire de passeports diplomatiques, une affaire d’immixtion d’un chargé de mission dans le bon fonctionnement de la sécurité présidentielle.» Ça a presque la saveur d’un San-Antonio genre «Bérurier à l’Élysée». Ce serait potache si les Français ne venaient d’apprendre que le fier-à-bras Benalla, chargé de la réorganisation de la sécurité du président, était en contact avec des oligarques russes proches de Poutine. Souveraineté?

Créé: 22.02.2019, 07h17

Xavier Alonso, rédacteur en chef adjoint de la rédaction Tamedia.

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