Le sentiment national est une construction

L'invitéEnzo Santacroce répond à une déclaration de la conseillère nationale socialiste Ada Mara.

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Les propos de Mme la conseillère nationale Ada Marra lors du Journal télévisé du 28 novembre dernier à propos du durcissement de la loi sur la naturalisation ont de quoi laisser perplexe: «Avec ce changement de loi, on a décidé que le Suisse était riche et bien formé.»

Les mesures qui consistent, dès le 1er janvier de cette année, à exiger des candidats et des candidates désirant la citoyenneté suisse le passage d’un test oral et écrit dans une des langues nationales n’ont pas pour but d’exclure les pauvres ou les personnes non formées.

Elles ont précisément pour objectif de responsabiliser ceux et celles qui cherchent à obtenir le passeport suisse. Devenir suisse n’est pas un événement uniquement fortuit. Devenir suisse est essentiellement un acte de volonté que guide la liberté des ressortissants étrangers. Derrière la définition de la Suisse que propose Mme Ada Marra «La Suisse est une œuvre collective pragmatique» apparaît en filigrane un pays idéal où régnerait l’égalitarisme. C’est une belle idée, mais appliquée dans les faits elle empêcherait de tenir compte de la diversité des individus considérés dans leur situation socioculturelle et socio-économique.

Ne souhaitant pas relancer le débat autour de l’expression «La Suisse n’existe pas», il me semble néanmoins nécessaire de rappeler que la question identitaire n’est jamais une question hors contexte. Prêter serment en tant que suisse naturalisé n’est pas une simple formalité, c’est, au contraire, pour les récipiendaires de la citoyenneté helvétique un moment où ils prouvent leur attache aux valeurs du pays et du canton dans lequel ils sont nés ou élu domicile.

Contrairement à ce que laissent entendre les propos de Mme Ada Marra, devenir suisse est un long processus impliquant la découverte des lieux, de la saveur des produits du terroir, des figures culturelles régionales, voire nationales ainsi que l’assimilation des expressions locales. Concrètement, devenir suisse n’est pas d’abord une simple affaire économique, mais également affective. On peut gagner 3000 francs par mois et se donner les moyens linguistiques de lire et de comprendre du Jacques Chessex. C’est une question de choix.

Exiger des résidents étrangers établis qu’ils se forment et travaillent pour passer un test de langue est une mesure qui leur évitera, sur le long terme, l’exclusion du domaine social et professionnel. S’efforcer en vue de leur intégration donnera à ces derniers la conscience de leur utilité et de leur appartenance au pays dont ils souhaitent acquérir la nationalité. Aussi, le sentiment national n’est pas une abstraction mais une construction. (24 heures)

Créé: 10.01.2018, 16h45

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