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Serait-ce le moment de repenser l’évaluation à l’école?

Raphaël Pasquini revient sur la problématique des Épreuves cantonales de référence.

Le stress qu’engendrent les Épreuves cantonales de référence (ECR) en 8e année chez les élèves («24 heures» du 18 mai 2019) revient sur le devant de la scène: une récente interpellation au Grand Conseil pourrait conduire à faire évoluer leur statut. Ce serait une bonne nouvelle. En effet, outre la pression qu’elles suscitent, on observe que certaines de leurs caractéristiques influencent les pratiques d’évaluation des enseignants au quotidien, d’une manière dommageable.

«Ce surentraînement démotive les élèves et augmente leur anxiété»

On constate d’abord le développement d’un effet appelé par la recherche «enseigner pour le test». Les enseignants, soucieux de voir leurs élèves réussir le mieux possible, préparent ces derniers ardemment à l’épreuve, tentant de combler l’hypothétique écart entre ce qu’ils ont enseigné et ce que le test va évaluer. Dans ces situations, l’enseignement se réduit aux contenus supposés de l’épreuve et a donc pour effet de diminuer et d’affaiblir l’apprentissage. Ce surentraînement démotive les élèves et augmente leur anxiété.

On remarque ensuite que les tests communs se généralisent dès la 3e année, alors qu’aucun texte de loi ne les prescrit. Réalisés par des enseignants d’une discipline ou d’un cycle pour leur équipe de collègues, ils sont passés par plusieurs classes à un moment fixé à l’avance. L’existence de ces tests, plébiscités voire parfois imposés par des conseils de direction, soutenus par certains enseignants qui y voient un gain de temps, s’appuie sur une croyance forte, très probablement issue des épreuves cantonales: les tests communs traitent tous les élèves de la même manière. Or cette croyance est pédagogiquement erronée. L’égalité de traitement revient à donner à tous les élèves les mêmes enseignements, opportunités d’apprentissage et modalités d’évaluation, elles-mêmes en lien avec ce qui a été enseigné et appris. Ce que les tests communs ne permettent pas.

Enfin, une forme de standardisation des évaluations en classe est en marche, avec l’utilisation de barèmes de notation chaque fois identiques, qui ne tiennent pas compte de la matière évaluée, des élèves, ou de la difficulté du test. Parfois même, les notes sont élaborées par rapport à la moyenne de classe, ce qui, entre autres, pénalise les élèves obtenant un score médian.

Le stress des élèves n’est donc probablement pas dû uniquement aux ECR, mais plutôt à une évaluation omniprésente à forts enjeux dont les fondements pédagogiques sont parfois difficiles à saisir et qui, régulièrement, poursuit d’autres finalités que la certification des apprentissages. Dès lors, gageons que le questionnement sur les ECR souhaité par certains acteurs ainsi que la mise en œuvre par le Département de la formation du «Concept 360°» visant à soutenir encore davantage tous les élèves constituent une occasion unique d’amener l’évaluation scolaire vers davantage de cohérence pédagogique.

* Évaluation formative et certificative des apprentissages scolaires, Unité d’enseignement et de recherche «Enseignement, apprentissage et évaluation»

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