Le silence assourdissant des Eglises sur les massacres de chrétiens

L'invitéLe théologien Daniel Marguerat regrette le manque de réaction de la communauté religieuse.

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Le nom de Garissa, au Kenya, était inconnu de tout le monde jusqu’à ce 2 avril où 158 étudiants chrétiens ont été assassinés par un commando islamiste. Il y a quelques jours, Daech a mis en ligne des vidéos montrant la décapitation au couteau de chrétiens éthiopiens et égyptiens.

Il n’y a pas à douter que la stratégie de l’Etat islamique répond à plusieurs impératifs: leurs victimes paient le prix d’un conflit global qui s’inscrit au niveau politique et économique. Les interventions militaires occidentales en Irak, en Libye et en Afghanistan ont été ressenties comme une insupportable colonisation. Il n’empêche que ces hommes et femmes assassinés l’ont été parce qu’ils étaient chrétiens. Le nombre de musulmans exécutés parce qu’ils étaient considérés comme de mauvais croyants reste, dans les tueries que j’ai citées, dérisoire.

«Le christianisme est devenu le groupe religieux le plus persécuté dans le monde»

Le christianisme est devenu, en quelques années, le groupe religieux le plus persécuté dans le monde. La stratégie de Daech est évidente: répandre la terreur pour provoquer la fuite des chrétiens. Dans ces pays africains et proche-orientaux où musulmans et chrétiens vivaient en coexistence pacifique, quelques années suffisent pour faire voler en éclats un acquis gagné au fil des siècles: un respect mutuel, une considération réciproque faite d’entraide entre voisins et d’enrichissement de la différence. Cette cohabitation a toujours été fragile, mais des générations de croyants l’ont alimentée pour le bonheur d’une société qu’ils construisaient ensemble.

Statistiquement, les chiffres de l’exode silencieux des chrétiens sont affolants. Du million qu’elle comptait en 2003, la population chrétienne d’Irak est passée à moins de 300 000 personnes. Des religieuses de Mossoul me soufflaient à Beyrouth: «Ne nous oubliez pas!»

Comparées au retentissement planétaire des attentats contre Charlie Hebdo, les réactions médiatiques sont étrangement timides. Les boucheries antichrétiennes glissent dans les faits divers. Le silence des Eglises chrétiennes, lui, est assourdissant. Certes, le pape François s’est ému à Pâques du calvaire des chrétiens d’Orient. Le Conseil œcuménique des Eglises s’est fendu d’un communiqué (mais qui l’a lu?). La réaction des communautés chrétiennes n’est absolument pas à la hauteur émotionnelle de ce génocide religieux.

Pourquoi la liturgie de chaque culte, de chaque messe, ne rappelle-t-elle pas le sort de ces martyrs? Des réunions de prière publiques devraient célébrer la mémoire des croyants tombés pour leur foi. Les chrétiens pourraient prendre l’initiative de s’allier aux musulmans modérés pour faire vibrer leur tristesse.

Selon l’ONG Portes ouvertes, 4344 chrétiens ont été massacrés en 2014 à cause de leur foi. Combien en faudra-t-il en 2015 pour réveiller les consciences? (24 heures)

Créé: 28.04.2015, 15h14

Daniel Marguerat (Image: DR)

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