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Une société au pas de course vers le cimetière

Emanuele Alfani regrette l'absence actuelle de questionnement sur le sens métaphysique de notre périple sur terre.

La fête de la Toussaint, désormais devenue anachronique et victime d’un déni de réalité généralisé face à la mort, représente malgré tout l’occasion pour réfléchir sur notre finitude existentielle.

En Occident, au nom d’un relativisme exaspéré et d’une liberté de conscience improbable, nous vivons avec orgueil la période de la laïcité, sorte de mantra capable de rassurer le peuple face aux dogmatismes et aux moralismes des institutions ecclésiales aux prises avec une déchristianisation croissante. Par conséquent, les discours sur l’enfer et le paradis sont devenus inaudibles pour les nouvelles générations, contribuant non seulement au rejet de la religion mais aussi à l’indifférence vis-à-vis du spirituel.

En réalité, on a jeté le bébé de l’esprit avec l’eau du bain du religieux, largement aidés dans cette entreprise de démolition du sacré par la culture ambiante du matérialisme athée et du rationalisme sans âme. Résultat final: une société de consommation sans repères spirituels qui se satisfait, devant le mystère de la mort, de promouvoir l’illusion de l’homme beau, jeune, riche, musclé, performant et immortel. Pour ce qui concerne d’éventuelles questions existentielles sur le sens métaphysique de notre périple sur terre, c’est le vide!

«Le regard du bébé, le sourire des étoiles et nos rêves de poètes insoumis rappellent la noblesse de l’homme et son origine céleste»

Une fois le religieux enterré et la laïcité adoptée, on est obligé de constater l’émergence d’une culture désenchantée, sans hauts désirs, privée de vastes espérances. Derrière la belle façade de la modernité, sur les ruines du ciel, s’érige un modèle de civilisation obscurantiste apte à couper les individus de leur intériorité, réduisant l’homme au rang de robot standardisé et inanimé, en voyage vers le néant.

Nos idoles sont éphémères et surfent à toute vitesse sur les pistes du wifi et du virtuel, anxieux et agités, sans boussole, tyrannisés par des injonctions mortifères d’efficacité et de rentabilité, comme nombre d’adolescents suicidés, au pas de course vers le cimetière de l’absurde.

Heureusement, face aux inadéquations des religions et au désert de la culture laïque, s’élève toujours le sage, apôtre d’une spiritualité fondée universellement sur l’expérience directe du sacré qui transcende la dimension physique.

Oui, la réalité ne se limite pas au monde matériel, l’essentiel est invisible pour les yeux. Nous sommes invités à ouvrir le cœur et la conscience, à écouter le chant du silence et les rumeurs de l’infini car l’homme dépasse l’homme.

Le regard du bébé, le sourire des étoiles et nos rêves de poètes insoumis rappellent la noblesse de l’homme et son origine céleste; ce sont l’inouïe bonté et l’étrange douceur d’une danse de papillons blancs qui fracasseront nos tombeaux. La vie et la mort, sorte de pèlerinage de l’âme; un peu de temps donné à l’homme pour apprendre à aimer et entrer dans la mort vivant.

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