Comment sortir du chaos?

L’invitéQuels sont les moyens à mettre en œuvre aujourd’hui pour trouver un apaisement? C'est la question posée par Tariq Ramadan, rofesseur de philosophie, enseignant actuellement à Oxford.

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C’est effectivement la bonne question à se poser aujourd’hui. Notre monde va mal. La violence et la mort sont partout, jusqu’à dans nos rues, avec la peur et la suspicion. Ici et là-bas, le rejet de l’autre nous guette avec la crainte de la normalisation du racisme ou, pire, de la déshumanisation de nos «ennemis», ou perçus comme tels.

Il faut commencer par rappeler un certain nombre de principes forts, immuables et non négociables. Notre humanité est une et chaque femme, chaque homme, chaque enfant, blanc, noir, asiatique, arabe, avec ou sans religion et/ou spiritualité a la même valeur, la même dignité et doit être considéré et traité de façon égalitaire. On ne doit pas accepter, sous aucun prétexte, ou au nom d’une quelconque illusion d’optique, que notre vie ici a plus de valeur que la vie des autres. C’est donc avec la même indignation que nous devons refuser la terreur, la torture, le meurtre, l’extrémisme et l’oppression. Ici et là-bas. C’est avec le même respect et la même empathie que nous devons accueillir les larmes des familles et comprendre la mort des victimes. Une communauté de destin, une égale valeur. Ici et là-bas.

Pour autant nous devons tous, nous tous, du Nord au Sud, à l’Occident comme à l’Orient, refuser de nous penser en victimes. Victimes de l’autre, responsables de rien. Partout, malheureusement, on retrouve cette attitude un peu lâche, et très émotionnelle. «Ce n’est pas nous, cela n’a rien à voir avec l’islam, c’est l’Occident le responsable… ils n’aiment pas l’islam et rejettent les musulmans.» Ces propos faisant écho à: «Ces musulmans nous colonisent, ils ne respectent pas nos valeurs, ils veulent nous convertir, refusent de s’intégrer et détestent nos libertés.» Dans ce nouveau monde, plus personne n’est donc responsable du chaos justement. Si telle est la réalité, il n’y a donc plus d’espoir.

Dans ce nouveau monde, plus personne n’est donc responsable du chaos justement. Si telle est la réalité, il n’y a donc plus d’espoir

Nous avons besoin de citoyens, d’intellectuels, de politiques, de femmes et d’hommes, qui – de toutes les nationalités, toutes les appartenances et croyances – osent, ensemble, être constructivement autocritiques. Il s’agit d’étudier les raisons du chaos (religieuses et historiques autant que politiques et économiques), et de prendre ses responsabilités dans la recherche de solutions concrètes. Nous avons tous une part de responsabilité, il faut oser dire que certains musulmans trahissent le message de l’islam, que les gouvernements du Sud corrompus et dictatoriaux sont indignes. Il faut avoir le courage de mettre en évidence nos contradictions en Occident quand il s’agit de défendre nos intérêts économiques au prix d’alliances inacceptables avec les pires des régimes. Nous avons besoin d’êtres humains responsables et courageux qui refusent le simplisme des lectures binaires, «eux contre nous», et développent une attitude fondée sur des valeurs universelles partagées avec lesquelles ils n’acceptent plus d’être, eux-mêmes, en contradiction. Un souci de cohérence. Ici et là-bas.

Mais les discours ne suffisent pas. Il faut travailler ensemble. Il faut un nouveau «Nous»: des femmes et des hommes déterminés et engagés qui, ensemble, brisent les cloisonnements et travaillent à des projets communs, ici et là-bas. La défense de la citoyenneté égalitaire et commune; la protection des immigrés, des réfugiés et de leur dignité; la promotion de l’environnement, la résistance aux politiques sécuritaires qui fracturent nos cohésions nationales et qui ont des conséquences liberticides. Plus fondamentalement, il faut lutter ensemble, et pratiquement, contre le climat ambiant de peur et de suspicion. Là commence le chaos. Oser la confiance, commencer le dialogue et être déterminé à faire avec notre semblable plutôt que d’observer et de blâmer cet autre qui nous paralyse. Notre semblable, ici et là-bas, qui nous appelle à notre humanité. Cela commence en chacun de nous: mettre de l’ordre dans le chaos qui colonise nos esprits, refuser que l’émotion nous aveugle et ouvrir nos cœurs. Ici et là-bas. (24 heures)

Créé: 19.11.2015, 16h43

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