Loin du stade, les trottoirs sordides de Manchester

La rédactionVirginie Lenk raconte l'explosion du nombre de SDF dans les rues de la ville anglaise.

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Manchester… United. Forcément, me dis-je, dans cette ville qui vit par et pour le foot. Au point de lui avoir même érigé un musée, dont les affiches grandioses me sautent aux yeux dès la sortie de la gare. Et me font trébucher sur un sac de couchage replié en position fœtale à même le trottoir. Manchester et ses SDF, c’est une autre histoire, une autre réalité. Ils sont partout. Seuls, en groupes, avec ou sans chiens, avec ou sans bière. Poussant leur existence dans des caddies, faisant la manche à l’arrêt de bus, se battant la nuit pour de l’alcool ou de la drogue. Manchester, où les sirènes de police et d’ambulances bercent mon sommeil et celui de ses habitants, qui ont pris l’habitude de contourner les misérables bivouacs improvisés sur le bitume.

La troisième ville du pays détenait en 2018 le triste record des décès chez les SDF, allant jusqu’à se hisser devant Londres. Avec dix fois plus de personnes hébergées dans des foyers d’urgences qu’il y a cinq ans, elle présente aussi un des taux les plus élevés de sans-abri du Royaume-Uni. On les appelle les rough sleeping, traduisez par «dormir à la dure». Derrière ces mots, qui font plus penser à des aventuriers virils style Mike Horn, se cachent des hommes et des femmes fragilisés. Des jeunes. Des familles. Une centaine d’entre elles ont été accueillies en urgence dans des bed-and-breakfasts durant les fêtes de Noël.

«Ne pas dormir dans les bennes à ordures, sous peine d’être écrasés lors du ramassage»

Face au froid de ces derniers jours, les entreprises de collecte d’ordures préviennent les SDF de ne pas dormir dans les bennes, sous peine d’être écrasés lors du ramassage, comme c’est déjà arrivé… Pourquoi Manchester? La politique d’austérité des élus locaux est ici plus radicale qu’ailleurs dans le pays, les coupures de budget trois fois plus importantes que la moyenne nationale. Le filet social ne rattrape plus les victimes de la spirale des petits boulots mal payés, la gig economy. Mais surtout, les loyers y sont élevés et étranglent les revenus modestes. En 2019, plus de 7'000 ménages sans-abri ou menacés de le devenir ont été signalés à l’aide sociale, un quart de plus que l'année précédente.

Aujourd’hui, la réputation de la ville est en jeu. Les matelas et sacs à viande que j’enjambe devant Anrdale, le gigantesque centre commercial de la zone piétonne, ça fait désordre. Les autorités se réveillent et prévoient d’augmenter le budget sans-abri à 15 millions de livres. Mais l’aide vient surtout des particuliers, des restaurants qui offrent lits et soupe populaire. Je salue l’effort, mais il ne s’attaque qu’aux symptômes sans proposer le seul vrai remède: remettre en selle les sans-abri à coup d’emplois non précaires et de logements abordables. Mission impossible? Pas pour un monstre industriel du textile qui revient de loin, passant d’un taux de chômage de 25% dans les années 1980 à 2,3% aujourd’hui. Pas pour «Madchester» qui a fourni à la planète les plus grands groupes de rock, de punk, de pop et de house. Pas pour une ville et son club de foot au firmament.

Créé: 28.02.2020, 06h40

Virginie Lenk, rubrique Monde.

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