Passer au contenu principal

La Suisse sous pression avec l’Union européenne

Olivier Bot observe l'étroitesse de la marge de manœuvre de Berne face à l'UE.

Le calendrier pour un accord-cadre de la Suisse avec l’UE n’est pas favorable. La Commission européenne a donné à la Confédération jusqu’à la mi-octobre pour conclure. Le délai est serré alors que plusieurs questions importantes ne sont pas réglées. Celles des salaires, des mesures d’accompagnement des travailleurs ou des juges étrangers sont en effet encore loin d’aboutir à un compromis.

Berne est sous pression. À l’interne, l’initiative de l’UDC «Le droit suisse au lieu de juges étrangers», soumise à votation le 25 novembre, affaiblit sa position dans la négociation et arc-boute la Commission européenne. Le Conseil fédéral aurait aimé avoir le résultat de ce vote avant de conclure avec l’UE. Il n’en aura pas le loisir. Les syndicats, eux, ont fait savoir qu’il n’était pas question de remettre en cause la généreuse politique salariale helvétique par une pression à la baisse de salariés européens.

«Il faudra que la diplomatie helvétique œuvre avec autant de finesse que par le passé»

En outre, le contexte du Brexit ne rend pas Bruxelles particulièrement tendre avec la Confédération. «La Suisse n’est pas un modèle», déclarait en préambule le texte de présentation des négociations avec les Britanniques en janvier. À bon entendeur… Pour la Commission, le Brexit oblige à redéfinir les relations avec ses voisins et partenaires non membres. Et pas question de céder sur les principes: les pays souhaitant faire des affaires sur le marché européen doivent en respecter les règles.

En limitant à un an la reconnaissance de l’équivalence boursière à la Suisse, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a montré qu’il possédait quelque moyen pour peser sur son voisin. La Suisse est certes le troisième plus important partenaire commercial de l’UE. Mais l’Europe est aussi le premier client de la Confédération. Cette réalité gagnant-gagnant pourrait bien changer à la faveur d’un échec des négociations.

Geste de bonne volonté

Chargé des Affaires étrangères, Ignazio Cassis a annoncé le versement d’un milliard d’euros sur dix ans pour la promotion de l’économie en Europe de l’Est en guise de geste de bonne volonté, sous réserve d’une reconnaissance de l’équivalence boursière à plus long terme. Mais il déclarait aussi, avec désinvolture: «Si cela ne marche pas, tant pis.»

Le «Financial Times», la semaine dernière, soulignait les avantages des 120 accords bilatéraux que Berne a signés avec l’UE. Et le risque que cela ne dure pas. L’UE pourrait en effet, toutes proportions gardées, se conduire comme les États-Unis avec la Chine, dans un rapport de force encore plus déséquilibré. Et la Suisse n’a pas envie de provoquer une guerre commerciale avec son principal acheteur ni de mettre son secteur bancaire en difficulté.

La marge de manœuvre est étroite, et il faudra que la diplomatie helvétique œuvre avec autant de finesse que par le passé pour maintenir ses avantages. Puisqu’elle fait partie de l’Espace Schengen, qu’elle entérine la plupart des législations européennes, la Suisse y a intérêt au-delà même de son économie. Mais quand le temps est à la démagogie populiste et à la guerre commerciale, la raison ne préside pas toujours aux grands rendez-vous. Surtout quand la pression est multiple et forte.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.