Télé, je t’aime, moi non plus

Carte blancheFrédéric Maire s'intéresse aux rapports différents, des deux côtés de la Sarine, entre cinéma et petit écran.

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Comme l’ont démontré les Journées de Soleure, qui se sont achevées la semaine dernière, le monde du cinéma suisse défend avec une belle unanimité le non à l’initiative «No Billag». Il est évident que, sans la SSR, le cinéma suisse perdrait plus d’un tiers de ses financements, sans compter le soutien et la promotion que les chaînes de télévision et de radio lui assure. Un compagnonnage dont l’intensité date des origines de la télédiffusion (ou presque) et se révèle particulièrement fort en Suisse romande.

Au début des années 60, feu la Télévision suisse romande (TSR) a véritablement accompagné les premiers pas du célèbre cinéma romand des Tanner, Soutter ou Goretta. D’une part en leur permettant de travailler pour la télévision, réalisant reportages, téléfilms ou dramatiques, d’autre part en cofinançant les premiers pas du Groupe 5, en 1968, et les films que ces cinéastes réaliseront ensuite.

Depuis, la politique d’engagement de la TSR (devenue ensuite RTS) à l’égard du cinéma romand a toujours été très active et prolifique, contribuant hier au grand retour de Jean-Luc Godard au cinéma, en 1980, ou aujourd’hui en produisant les quatre téléfilms de la série Ondes de Choc réalisés par les nouveaux Mousquetaires du cinéma romand, Ursula Meier, Lionel Baier, Jean-Stéphane Bron et Frédéric Mermoud. Quatre fictions inspirées de faits divers romands diffusés sur la RTS à partir du 21 février, après un joli détour par le Panorama du Festival de Berlin – un comble pour des films de télé!

Mais cette entente romande (qui se retrouve également, plus modestement, du côté de la Radiotélévision Suisse Italienne) n’a pas vraiment été partagée de l’autre côté de la Sarine. Le monde du cinéma alémanique n’a pas toujours été très amical avec sa télévision.

Dans les années 60 et 70, la SRF s’attirait une double part de détestation. D’une part, les cinéastes y voyaient une télévision d’état, conservatrice; et celle-ci rejetait comme la peste (rouge) toute expression de ces jeunes trublions novateurs. Pendant longtemps il n’était pas question pour eux de trouver un financement ou encore moins du travail dans les locaux de la chaîne.

D’autre part, progressivement, un monde politique conservateur a commencé à voir en rouge cette même télévision, pourtant formatée et traditionnelle, comme si ce «nouveau» média portait en germe l’essence de la révolution.

Aujourd’hui, la SRF soutient et collabore activement avec les cinéastes alémaniques. Elle contribue à la création d’une petite industrie et d’un modeste star-system audiovisuel en Suisse allemande. Pour preuve, l’un des plus grands succès cinématographiques suisses de ces dernières années, Die Herbstzeitlosen (Les mamies ne font pas dans la dentelle, 2006), qui a réuni près de 600 000 spectateurs dans les salles helvétiques, était au départ un téléfilm!…

Mais en raison de ce rejet ancien qui ne s’efface pas des mémoires, la SRF ne réveille toujours pas – et de loin – le même enthousiasme que «notre» RTS. Ce qui pourrait, qui sait, entraîner la fin de ce partenaire essentiel de notre culture audiovisuelle. (24 heures)

Créé: 06.02.2018, 14h31

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