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Le temps d’un congé parental gagnant est-il venu?

Françoise Piron cherche à répondre aux besoins des mères, des pères, comme de leurs employeurs.

En 1993, à mon retour de maternité, mes patrons m’ont licenciée. Ils ont estimé qu’ils me rendaient service. Selon eux, j’avais de la chance de pouvoir m’occuper de mon bébé tout en profitant du chômage. Je devais donc les remercier de cette belle occasion! Après un cursus à l’EPFL pour décrocher mon diplôme d’ingénieure en génie civil, puis cinq années passées à travailler entre bureau d’études et chantiers, je me retrouvais en panne sur mon parcours professionnel.

«Il y a encore des femmes licenciées à la suite de leur maternité»

À l’époque, ce traitement était courant et l’assurance maternité n’existait pas. Cette injustice m’a fait réagir. Depuis, je me suis engagée à défendre la place des femmes dans le monde du travail et la mixité en entreprise. Aujourd’hui, en 2020, il y a encore des femmes licenciées à la suite de leur maternité. Même avec l’introduction de l’assurance maternité en 2005, l’arrivée d’un enfant freine toujours le développement de leur parcours professionnel. Comment expliquer cette situation qui persiste près de trente ans après ma propre expérience?

L’introduction généralisée du congé maternité de quatorze semaines n’a pas fait disparaître comme par enchantement les divers freins découlant des mentalités et des préjugés existants. «Il faut laisser du temps au temps», comme on a coutume de dire. Alors parlons justement de ce fameux facteur temps… Certaines femmes se sentent aptes à reprendre leur activité professionnelle rapidement; les quatorze semaines leur semblent longues. Pour d’autres, c’est trop court: elles souhaitent plus de temps pour s’adapter à leur nouvelle vie, allaiter sereinement et faire connaissance avec ce petit être qui débarque dans leur vie.

Et le père dans tout cela? Il revendique de plus en plus sa place et du temps pour son enfant. Aujourd’hui, les hommes aspirent à un véritable congé paternité. Il s’agit de faciliter l’ancrage du lien de manière durable. Les témoignages des pères sont unanimes sur les bienfaits de ce temps dédié à leur rôle de père. Un jour légal, c’est ridicule! D’où la nécessité d’introduire, au moins deux, voire quatre semaines pour les pères.

Et les employeurs dans tout cela? Pour eux aussi, le délai est trop court. Un rapport de recherche de 2017* montre notamment qu’en moyenne les femmes arrêtent de travailler trois à quatre semaines avant l’accouchement. Cette période précédant la naissance est toujours considérée comme une maladie. La perte de gain ne s’y applique donc pas et l’employeur n’est pas couvert. Pour une petite entreprise, cela représente un coût financier non négligeable.

En conclusion, avec quatorze semaines, tout le monde est perdant! La mère stresse, le père est frustré et l’employeur perd des sous. Le facteur temps reste donc crucial dans cette histoire. En cumulant ces trois temps on obtient vingt-deux semaines. Alors, ne perdons pas plus de temps et osons un congé parental gagnant!

* «Erwerbsunterbrüche vor der Geburt», rapport de recherche du Bureau d’études de politique du travail et de politique sociale BASS, 2017.

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