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Il est temps de reconnaître la valeur du travail invisible

Jean-Claude Huot met le doigt sur les enjeux humains et sociaux de toutes les activités effectuées sans salaire ni reconnaissance.

Savez-vous que le nombre d’heures travaillées non rémunérées en Suisse est plus grand que celui des heures salariées? Soit 9,2 milliards contre 7,9 milliards, selon les chiffres publiés par l’Office fédéral de la statistique (OFS), pour une valeur estimée à 408 milliards de francs. Il s’agit du travail domestique, ménage et soins aux proches, du bénévolat et de tous les services rendus gratuitement.

L’OFS rend ainsi visible un travail qui reste par ailleurs totalement invisible. Car quand on calcule la richesse d’un pays, on ne compte que ce qui s’échange contre de l’argent. Les heures qu’une maman ou un papa passent à s’occuper de leur enfant ainsi que l’aide donnée à son voisin n’apparaissent pas dans les comptes nationaux par le simple fait que ce travail n’est pas payé.

Dans l’industrie en Asie, l’agriculture en Espagne ou l’économie domestique, y compris en Suisse, on trouve des situations proches de l’esclavage

Fin août, un colloque a eu lieu à l’Université de Fribourg sur ce travail invisible. Organisé, entre autres, par l’Association internationale pour l’enseignement social chrétien et la plateforme chrétienne romande Dignité et Développement, il a mis le doigt sur certains enjeux humains et sociaux de cette invisibilité.

Le premier enjeu est bien sûr la reconnaissance. Ce travail qui permet à une société de se reproduire et de créer du lien entre ses membres est vital. Pourtant il ne compte pas dans la richesse d’un pays. Et souvent on dit des mères au foyer qu’elles ne travaillent pas! Heureusement que le bonus éducatif pour l’AVS signale le contraire! Quand je discute de leur curriculum vitae avec des femmes qui ont élevé des enfants, j’aborde toujours la question des compétences développées dans cette tâche. Ces compétences transversales appréciées des employeurs doivent être valorisées.

Economie informelle et survie

Le deuxième enjeu touche au droit du travail. Car une bonne partie de la production de biens et de services passe par l’économie dite informelle. Nombreux sont les vendeurs de rue ou les récupérateurs de matériaux qui se débrouillent pour survivre en créant leur mini-entreprise. Mais celle-ci n’est enregistrée nulle part et ne bénéficie d’aucune protection sociale.

Le troisième enjeu relève de la justice sociale. Dans l’industrie en Asie, l’agriculture en Espagne ou l’économie domestique, y compris en Suisse, on trouve des situations proches de l’esclavage, quand le passeport est confisqué ou lorsque l’essentiel du salaire disparaît dans le remboursement d’une dette envers l’employeur.

L’ensemble de ce travail invisible représente, d’après les plus récentes recherches statistiques, jusqu’à 80% du volume de travail accompli dans le monde! Reconnaître cette réalité et en tenir compte dans les politiques sociales, économiques et environnementales est plus que nécessaire en cette année du centenaire de l’Organisation mondiale du travail.

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