Une tendance inquiétante à criminaliser l’avortement

L'invitéeManon Schick regrette que le droit des femmes à la santé sexuelle et reproductive soit à nouveau remis en question.

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Aux États-Unis, l’accès à l’avortement est de plus en plus remis en question. L’an dernier, c’était la gouverneure de l’État de l’Alabama qui décidait d’interdire l’interruption volontaire de grossesse (IVG), même en cas d’inceste ou de viol. Vendredi, le président américain soutenait la manifestation anti-avortement en défilant à Washington et en déclarant que «les droits humains commencent dans l’utérus». Cela alors que l’IVG est pourtant légale dans le pays depuis un arrêt de la Cour suprême de 1973.

L’avortement risque d’ailleurs bien d’être de nouveau criminalisé par cette cour. Donald Trump y a nommé deux juges conservateurs qui pourraient revenir sur cette décision d’autoriser l’IVG. Cette situation a un impact largement au-delà des États-Unis, puisque depuis l’arrivée au pouvoir du président Trump, les soutiens financiers versés par le gouvernement à des associations qui font un travail d’éducation sexuelle et de planning familial dans les pays en voie de développement ont été coupés.

La «marche pour la vie»

La «marche pour la vie» porte en fait mal son nom. Partout dans le monde, quand l’interruption de grossesse est criminalisée, le taux d’avortement ne baisse pas et ne permet pas de «protéger la vie». En revanche, la vie des femmes, elle, est clairement mise en danger par ces lois qui restreignent l’accès à un avortement légal, car elles n’ont plus la possibilité de le pratiquer dans un hôpital dans des conditions sûres. C’est le retour à la clandestinité et aux méthodes dangereuses.

«La vie des femmes est clairement mise en danger par ces lois qui restreignent l’accès à un avortement légal»

En Suisse, depuis la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse, le taux d’avortement a même légèrement diminué. Ce qui prouve que légaliser l’accès ne conduit pas à une augmentation du nombre d’avortements.

De nombreuses instances internationales, de l’Organisation mondiale pour la santé au Comité des droits de l’homme de l’ONU, répètent depuis plusieurs années que les principales victimes des lois restrictives en matière de santé sexuelle sont les femmes.

Des lois restrictives

Certains pays comme le Salvador ont des lois tellement strictes que des femmes qui ont fait des fausses couches se retrouvent condamnées à 45 ans de prison parce qu’elles sont soupçonnées d’avoir voulu avorter. En Argentine, une fillette de 11 ans qui s’est retrouvée enceinte à la suite d’un viol par le compagnon de sa grand-mère a été forcée à mener sa grossesse à terme.

Dans les pays où l’accès à l’interruption de grossesse est interdit ou risque de le devenir, elles sont des millions à se mobiliser et à descendre dans la rue. Des pays comme l’Irlande ont voté pour la dépénalisation de l’avortement. Mais les signaux venus des États-Unis pourraient compromettre cette lutte. Il est urgent de rappeler que les femmes ne se réduisent pas à leur utérus et que leur droit à la santé sexuelle et reproductive est un droit fondamental.

Créé: 28.01.2020, 07h08

Manon Schick, directrice d'Amnesty International Suisse.

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