Le tourisme, un risque pour le patrimoine?

Carte blancheà Martin Killias, président de Patrimoine suisse.

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Chaque année, des millions de touristes parcourent des milliers de kilomètres en avion, en train ou en voiture. Que cherchent-ils? Les plages et les beaux paysages, certes, mais surtout les sites patrimoniaux qui leur promettent de découvrir des cultures et des traditions inconnues. En principe, cela permet d’élargir la perspective et de mieux valoriser des sociétés éloignées.

Le problème provient de la concentration des touristes sur quelques sites de renommée internationale. Visiter le Cervin, le château de Chillon, le Jet d’eau ou encore le pont de la Chapelle à Lucerne promet, surtout si l’exploit est documenté sous forme de «selfies», de trouver l’admiration ou tout au moins l’attention des amis. Mais cette concentration est aussi provoquée par les organismes du tourisme qui mettent tout en œuvre pour diriger les touristes vers les destinations les plus connues.

«Barcelone et Venise essaient d’afficher «complet» et d’autres vont suivre sans doute. On discute de contingenter le flux des visiteurs, de taxer voire d’interdire les cars ou, le long de la Méditerranée, les grands navires»

Les conséquences ne se font guère attendre pour les sites concernés. Beaucoup de stations balnéaires ou des Alpes se transforment en immenses zones d’immeubles, à l’instar des grandes agglomérations de toutes les métropoles du monde. D’autres souffrent visiblement du surnombre de touristes et deviennent petit à petit inhabitables, soit sous l’effet de loyers qui explosent ou à cause des foules continuelles qui se déplacent entre les vieilles maisons.

Barcelone et Venise essaient d’afficher «complet» et d’autres vont suivre sans doute. On discute de contingenter le flux des visiteurs, de taxer voire d’interdire les cars ou, le long de la Méditerranée, les grands navires.

Surcharge de visiteurs en Appenzell

Une solution pourrait être de diriger les touristes vers des stations et sites moins connus. Les risques qui en découleraient viennent d’être mis en évidence par les récents malheurs vécus par l’Aescher-Wildkirchli, un petit chalet restaurant collé aux rochers du Säntis (SG/AI). Le nombre de visiteurs a explosé depuis que des photos de ce lieu ont fait leur chemin dans la presse internationale en 2015. Les tenanciers viennent de démissionner, ne tenant plus sous la surcharge de visiteurs arrivant en nombre toujours plus excessif.

Certains accusent les services de protection des monuments qui n’ont pas donné suite à des projets d’aménagement qui risqueraient de défaire précisément ce qui fait le charme de ce site. L’exemple pourrait facilement se répéter à d’autres endroits, tels par exemple la petite église de Vuorz/Waltensburg (GR) qui abrite un cycle de fresques du début du XIVe siècle d’une rare beauté. Une fois découvert et excessivement fréquenté, ce site appellerait des extensions de ses infrastructures, de la petite route d’accès, des parkings jusqu’à une offre touristique «adéquate», qui finiraient par l’abîmer.

Tendance à la démolition

La meilleure solution pourrait être de mieux protéger les sites historiques et naturels «à la source», soit à proximité des villes d’où viennent les touristes afin qu’ils n’aient pas besoin de parcourir des milliers de kilomètres pour se ressourcer. Malheureusement, c’est largement le contraire qui se fait puisque, autour du globe, on continue à démolir à une vitesse incroyable les témoins architecturaux d’autres époques.

La même tendance se fait sentir aussi chez nous et, sans les oppositions de Pro Natura et de Patrimoine suisse, le profit à court terme de certains prendrait facilement le dessus sur les intérêts de la communauté. (24 heures)

Créé: 31.08.2018, 15h54

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