La trompeuse concurrence hospitalière

L'invitéOlivier Delacrétaz se pose beaucoup de questions sur la compatibilité d'un principe économique avec le monde de la santé.

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Le 3 novembre dernier, le Syndicat des services publics organisait une «journée d’action» dans les hôpitaux publics. Il dénonçait une dégradation des conditions de travail due à l’introduction, en 2012, de la concurrence hospitalière. La concurrence n’est pas un mal en soi. Elle pousse à améliorer son offre, à mettre à jour ses outils, à supprimer les postes inutiles, à perfectionner sa formation, à inventer.

Mais cela a-t-il un sens de parler de concurrence dans le monde hospitalier? Car la concurrence, ce n’est pas simplement une forme rigoureuse de gestion. C’est un combat, mené de patron à patron, d’entreprise à entreprise. Il s’agit de prendre des parts de marché à ses concurrents tout en préservant les siennes.

C’est possible entre des hôpitaux privés, dont le but explicite est le profit. On l’imagine plus difficilement entre des établissements publics, vu les relations complexes, à la fois financières (subventions multiples) et administratives (contrôles constants), qu’ils entretiennent avec l’Etat. Ce cadre bureaucratique réduit à peu de chose la marge d’autonomie nécessaire à la conduite d’une vraie politique concurrentielle. Le fait que les établissements publics n’aient pas un but prioritairement lucratif, même s’ils doivent être gérés convenablement, émousse encore l’aiguillon principal de la concurrence.

La concurrence hospitalière fait des questions budgétaires la priorité de la hiérarchie

Ordinairement, la concurrence ne joue pas seulement sur le prix, mais aussi sur le conseil, la qualité du travail, le choix des matériaux, les délais, le service après-vente, la disponibilité à long terme du fournisseur. On a le sentiment que ces facteurs sont absents de la «concurrence» des hôpitaux et que celle-ci porte uniquement sur les coûts.

Ce qui est certain, c’est que l’obsession de la concurrence fait des questions budgétaires la priorité de la hiérarchie hospitalière. Du petit au grand chef, chacun juge prudent de comprimer les dépenses au maximum. C’est justifié quand il s’agit de questions matérielles, chaise, lit ou machine à café. Ça ne l’est plus quand on prétend réduire l’activité infirmière à une série ininterrompue d’actes techniques minutés, oubliant que, quoique non facturable, la relation calme et attentive avec les patients a une valeur propre, non seulement morale, mais aussi thérapeutique. La concurrence hospitalière révèle ici une faille fondamentale.

Si l’on tient compte de l’absentéisme, des burn-out et de la démotivation liée à la dévalorisation du travail infirmier, durement ressentie sur le terrain, on se dit que les bénéfices de la concurrence, autant qu’ils existent, ne compensent pas ses dommages directs et indirects. Que cette évolution vers un capitalisme étatique sauvage se fasse sous un gouvernement à majorité de gauche, cela donne à penser.

Créé: 14.11.2016, 17h17

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