Trouver un appartement à prix abordable, une gageure
L'invitéRené Knüsel analyse la problématique du logement et y observe un sacré paradoxe.
Se loger est un casse-tête pour tous les ménages qui ne disposent que d’un revenu moyen ou restreint. La Suisse est particulièrement concernée, mais ce problème prévaut aussi ailleurs en Europe, surtout dans les zones très urbanisées.
Sans être récente, la situation s’est particulièrement dégradée durant la dernière décennie. Peu développée, la politique du logement au niveau fédéral s’est montrée insuffisante pour contrer le déséquilibre entre l’offre et la demande.
L’initiative populaire «Davantage de logements abordables» est une réponse directe à l’apathie étatique. L’inaction de l’État est reconnue par le gouvernement lui-même, qui a proposé en 2018 d’augmenter le fonds d’aide fédéral, mais uniquement en cas de rejet de l’initiative.
Dans l’idéal, l’interventionnisme étatique n’est pas souhaitable, si ce n’est pour fixer les règles de fonctionnement du marché. Dans le domaine du logement, comme dans celui de la santé, l’autorégulation a cependant montré ses limites. Les raisons de cette altération sont d’abord à chercher dans le fait que l’immobilier est devenu une des rares sources de rendement sur le marché des capitaux.
Les investisseurs institutionnels, en particulier nos caisses de pension, sont fortement incités à placer une partie de leurs fonds dans ce secteur économique. Ils en attendent un rendement régulier et conséquent. Cette pratique est paradoxale, dans la mesure où une partie de la pérennité des rentes des retraités dépend d’un niveau élevé des loyers, ce qui limite ensuite les moyens leur restant à disposition.
Il eût été souhaitable que ces investisseurs, en particulier, s’engagent à mettre régulièrement sur le marché des logements pour les ménages les moins favorisés. À défaut, aujourd’hui, les locataires, quelque 60% de la population, doivent consacrer une part trop conséquente de leurs revenus au loyer. Le problème est d’autant plus crucial, qu’ils n’ont pas d’alternative. Le loyer est une dépense incompressible. Ne pas le payer expose rapidement le contrevenant à l’expulsion et à la rue.
«La situation s’est particulièrement dégradée durant la dernière décennie»
Une politique du logement, digne de ce nom, est indispensable pour garantir une vie décente à chaque habitant. Selon les autorités fédérales, les dépenses pour se loger absorbent un cinquième du revenu des ménages. Parmi les personnes à la recherche d’une location à prix abordable, bien peu connaissent une telle situation.
Faute d’avoir compris cette réalité, les autorités fédérales risquent fort d’être désavouées. Aujourd’hui, l’affirmation selon laquelle le libre marché est le meilleur moyen de réguler la situation est datée et les annonces de baisse de loyer se font toujours désirer. Devant l’évidence de cet échec, l’intervention de l’État est désormais indispensable. Tôt ou tard, le pouvoir politique devra réguler l’accès à ce bien social.
Créé: 21.01.2020, 06h39
René Knüsel, politologue.
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