Uber: la dérégulation n’est pas synonyme de liberté
L'invitéeKarine Clerc rappelle que notre usage des plateformes numériques n'a rien d'innocent.
Uber, c’est un système sans visage, qu’on emploie par commodité, sans trop se poser de question. On sait pourtant qu’il emploie des travailleurs et travailleuses sans couverture sociale, et dont le travail alimente de gros profits. Je n’ai jamais voulu voyager avec Uber, préférant les taxis traditionnels qu’on partage à plusieurs. Mais l’usage d’Uber semble devenu incontournable pour beaucoup de gens. Un peu comme les vêtements bon marché, fabriqués on ne sait plus très bien où, ni dans quelles conditions, ou les légumes hors sol, hors saison, qui reposent sur des étals aseptisés.
Je ne voyage pas avec Uber, mais il m’est arrivé d’utiliser d’autres plateformes. Et sûrement, aussi, d’acheter des vêtements dans l’une ou l’autre de ces chaînes qui produisent des vêtements de mauvaise qualité, peu durables, d’un goût formaté et peu singulier, voire de renoncer à réparer un appareil par gain de temps et d’argent. Quelles que soient les convictions qui nous habitent, il n’est pas si simple de les suivre, de vivre avec les autres et de suivre le rythme.
«L’usage des plateformes numériques nous relie aux conditions de travail précaires, à la fuite des capitaux, à la soustraction de logements»
Aucun de ces achats, aucune de ces pratiques n’est innocente: la consommation de matières premières et de technologies issues de régions en conflits nous relie aux conséquences de ces derniers. L’usage des plateformes numériques nous relie aux conditions de travail précaires, à la fuite des capitaux, à la soustraction de logements. Ainsi, si on met dans la balance l’inconfort d’une consommation plus responsable et ces conséquences, le poids de cet inconfort apparaît bien faible.
À cet égard, la décision du Conseil d’État de Genève d’interdire Uber mérite qu’on prenne un peu de recul. Je comprends cette décision comme un message clair: l’innovation ne doit pas se faire au détriment des droits sociaux. Et pour la population, il est plus motivant d’agir avec responsabilité en sachant que l’on n’est pas seul·e à le faire, et que les règles sont appliquées. C’est plus simple que de devoir se composer sa propre éthique, soumise aux humeurs du jour, aux moyens qu’on a de se confronter aux autres pour défendre tout seul un monde plus équitable.
Uber ne considère pas les chauffeurs comme des employé·e·s, et ne se préoccupe dès lors pas de leur protection sociale. Les plaintes de ces dernier·ère·s, compréhensibles, ne servent pour Uber qu’à dénoncer la mesure «liberticide» de l’État de Genève, sans encourager l’entreprise à améliorer quoi que ce soit.
Dans ce contexte, la mesure prise par le Canton de Genève pousse à réfléchir au monde dans lequel nous voulons vivre. Les gens ne devraient pas être libres d’être ou de faire d’autrui des objets de consommation. Si, individuellement, cela ne nous arrange pas toujours, cela replace le collectif dans nos existences. Cette mesure redonne son sens au mot liberté: pas sans justice sociale.
Créé: 04.12.2019, 06h25
Karine Clerc, municipale POP à Renens.
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