Un parlement sensibilisé par la grève des femmes?

L'invitéeManon Schick revient sur les revendications formulées dans les rues de Suisse.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Quelle joie d’échanger, vendredi dernier dans les rues de Lausanne, des sourires complices avec des femmes inconnues qui affichaient leur soutien à la grève des femmes en portant un pull violet! Tout comme moi, elles avaient sans doute fouillé leur placard pour sortir le seul habit de cette couleur et portaient fièrement ce signe de ralliement.

Et quel bonheur de côtoyer ces dizaines de milliers de manifestantes lors du défilé, avec leurs slogans drôles et provocateurs, réunies pour témoigner leur solidarité avec les femmes du monde entier. Partout sur notre planète, les femmes sont encore largement victimes de pratiques traditionnelles comme les mutilations génitales ou les crimes d’honneur, voire de lois discriminatoires qui leur interdisent d’avorter, de divorcer, d’hériter.

La revendication principale de la grève des femmes concernait toutefois la Suisse et la dénonciation des inégalités: l’inégalité salariale entre femmes et hommes, les charges domestiques encore majoritairement assumées par les femmes, ou encore le harcèlement sexuel.

Face à un mouvement d’une ampleur inégalée dans notre pays, nos autorités vont-elles se montrer plus sensibles face aux revendications d’égalité? Le test aura lieu cette semaine déjà: le Conseil des États va voter sur l’introduction d’un quota minimal de 30% de femmes dans les conseils d’administration des entreprises et sur l’introduction d’un congé paternité.

«Le Conseil fédéral devra répondre aux interpellations déposées la semaine dernière»

Le Conseil fédéral devra, lui, répondre aux interpellations déposées la semaine dernière par six femmes parlementaires de tous les partis (sauf l’UDC). Sur la base des résultats de l’enquête mandatée par Amnesty International, qui montrent qu’une femme sur cinq en Suisse a été victime d’une agression sexuelle et une sur dix victime d’un viol, les parlementaires demandent au gouvernement quelles mesures il compte mettre sur pied pour mieux lutter contre les violences sexuelles. La révision du Code pénal est l’occasion d’introduire la notion de consentement dans la définition du viol: tout rapport sexuel non consenti devrait être considéré comme un viol, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui.

La défense des droits des femmes n’a que rarement été la priorité de nos autorités par le passé. La Suisse a ainsi perdu des places dans le classement du World Economic Forum sur le «gender gap», l’index qui mesure les progrès des pays pour réduire les inégalités entre les sexes. Le retard de notre pays est notamment lié au fait que les autres ont adopté plusieurs mesures pour combattre proactivement les discriminations contre les femmes, alors que la Suisse refuse toujours de faire de même.

«Après le 14 juin, on ne lâche rien», avons-nous scandé en chœur vendredi dernier. Messieurs les Parlementaires et Membres du gouvernement: on vous attend au tournant!

Créé: 18.06.2019, 06h51

Manon Schick, directrice d'Amnesty International Suisse.

Articles en relation

Grève des femmes: et après?

Le Matin Dimanche Au lendemain de la mobilisation du 14 juin, les collectifs pensaient déjà à la suite. Plus...

Le vote crucial sur le congé paternité s'annonce serré

Politique familiale Le Conseil des Etats examinera jeudi l'initiative populaire exigeant 4 semaines pour les pères et le contre-projet qui en demande la moitié. Plus...

La grève des femmes fait causer dans les classes vaudoises

Education Le Canton invite les enseignants à aborder le sujet avec leurs élèves et à réaliser des vidéos. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.