L’unité des chrétiens est-elle indispensable?

Carte blanchePatrick Chuard a lu pour nous le livre commun d'un pasteur réformé, d'un prêtre catholique et d'un laïc orthodoxe.

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Si Jésus revenait un de ces jours, se rendrait-il dans un temple protestant, dans une église catholique ou dans une église orthodoxe? Question futile. Mais vous admettrez que le visiteur n’aurait que l’embarras du choix. Dans chaque lieu, il rencontrerait des chrétiens sûrs de détenir la vérité. En tout cas un peu plus que les autres. Il les féliciterait peut-être d’avoir cessé de s’entretuer comme jadis pour des divergences théologiques. Mais il constaterait que les divisions persistent, en dépit du fait que le dialogue a remplacé le poignard.

Dans ce contexte, trois chrétiens dressent un état des lieux dans un livre instructif*. Shafique Keshavjee, pasteur réformé, Claude Ducarroz, prêtre catholique et Noël Ruffieux, laïc orthodoxe, évoquent ce qui les divise et ce qui les unit. Chaque auteur écrit une réflexion sur un thème et les autres lui répondent. «Les protestants peuvent être fiers de l’organisation de leurs Églises. Les laïcs y sont associés à tous les niveaux de décision, les femmes y accèdent à tous les ministères», fait remarquer le pasteur. L’orthodoxe évoque la vénération des reliques de martyrs – une curiosité exotique pour les protestants – qui n’est selon lui «ni superstition ni fétichisme, mais respect pour leur chair déifiée». Le prêtre catholique veut croire que le culte de Marie ne constitue pas un si grand obstacle et se félicite au passage que certains protestants communient plus souvent à la sainte Cène.

On saisit toute la difficulté à faire dialoguer des traditions qui se sont construites par opposition les unes aux autres. Le grand espoir œcuménique du XXe siècle, qui consistait à rapprocher les Églises après le concile Vatican II, paraît être un lointain souvenir.

Mais nos trois auteurs sont des gens de bonne volonté. Ils aspirent sincèrement à «une plus profonde communion» et veulent croire en un rapprochement possible. Ensemble, ils se disent «conscients des profondes blessures» que le ministère du pape («ennemi suprême» pour certains orthodoxes ou «antéchrist» pour certains réformés) a pu causer dans le passé. Ils réclament la création de «ministères œcuméniques» dans chaque Église. Le prêtre appelle de ses vœux «un vaste concile universel qui remettrait tout sur la table».

Le pasteur raconte son cauchemar de voir «des Églises totalement absorbées par leurs propres identités confessionnelles fragilisées et consacrant l’essentiel de leurs forces à vouloir sauver des institutions menacées.»

Cet appel à l’unité s’avère vibrant et même convaincant. On peut cependant douter de son écho au-delà de certains cercles ecclésiaux. Est-ce si grave à l’heure où une part grandissante de la société se fiche du christianisme comme de sa première chemise? Depuis que la religion est reléguée à la sphère privée et à l’adhésion personnelle, les Églises sont devenues des institutions parmi d’autres. Leurs divisions constituent-elles encore un problème dans un monde pluriel? La reconnaissance des communautés religieuses prévue par la Constitution vaudoise apporte une réponse alternative: chaque Église est reconnue d’utilité publique ou peut demander à l’être, dans une démarche ouverte à toutes les communautés religieuses. Cette approche ne se mêle pas du contenu de la foi mais cherche à rendre les institutions compatibles avec un socle de valeurs équivalentes, conforme aux lois civiles. Ce n’est pas l’unité, mais la diversité dans le respect. Chaque Église peut ainsi, en gardant ses spécificités, participer à des missions communes, comme les aumôneries dans les hôpitaux ou les prisons. Si Jésus revenait un de ces jours, il est permis d’imaginer qu’il irait visiter des malades ou des personnes souffrantes avant de choisir dans quelle Église se rendre.

* «Pour que plus rien ne nous sépare. Trois voix pour l’unité», Ed Cabédita, 2017. Les Églises sont devenues des institutions parmi d’autresque (24 heures)

Créé: 12.01.2018, 11h20

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