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Ces quelques vertus qui font les bons ministres

Christophe Reymond commente - avec le sourire - les critères qui président au choix d'un conseiller fédéral.

Il est amusant d’observer les manœuvres qui précèdent l’élection de nouveaux conseillers fédéraux. On le confesse d’autant plus volontiers que leur désignation par le parlement apparaît heureuse. Elle contribue à maintenir ce régime mêlant coalition et concordance qui convient à notre Confédération.

À côté de l’arithmétique partisane, le choix repose sur le respect de certaines caractéristiques désormais indiscutées comme le genre, la langue ou la provenance cantonale. Cela provoque un premier tri mais n’empêche jamais l’apparition de plusieurs papables. Les pressentis entrent alors systématiquement dans une phase de valse-hésitation, partagés entre l’honneur qu’on leur fait de penser à eux (même s’ils y avaient en général pensé avant) et la déception programmée qui attend la plupart. Par les temps qui courent en effet, les cumuls de critères ou d’empêchements causent d’importants ravages.

Prenons la succession de Mme Leuthard et de M. Schneider-Ammann. Si l’on a bien compris, il faut: deux femmes idéalement, mais une au minimum; deux Alémaniques mais hors espace Mittelland et raisonnablement bilingues; de préférence parlementaires fédérales ou à tout le moins dotées d’une expérience dans un exécutif; soutenues dans leur propre canton même si l’un ou l’autre de leurs concitoyens aigris peut avoir décidé de faire vinaigre; exercer une profession présentable (assureurs, patrons ou coiffeuses s’abstenir, notaires et agriculteurs admis); n’être ni trop riche ni tout de même trop à plaindre; n’avoir pas fréquenté récemment les plaines de Sibérie ou les circuits de Formule 1 de la péninsule Arabique.

Au-delà des caprices de l’époque et plus sérieusement, il reste des vertus qui, toujours, feront les bons ministres. Orientation politique mise à part, les qualités minimales doivent être une parfaite connaissance de la politique fédérale, un goût pour l’organisation, le sens du service, la maîtrise d’au moins une autre langue, une santé solide.

«La Suisse connaîtra mercredi deux nouveaux conseillers fédéraux qu’on souhaite pourvus du sens de la collégialité»

Des idées nouvelles ou visionnaires? Pas indispensable, car bien d’autres s’en chargent, députés, journalistes, artistes, agitateurs de réseaux sociaux; et le chancelier allemand Helmut Schmidt conseillait naguère une consultation chez son médecin à quiconque avait des visions. Une intelligence exceptionnelle alors? Ce n’est certes pas encombrant, sauf peut-être si les sept ministres ont la claire conscience d’en être pourvus.

Le plus, en revanche, c’est le sens de la collégialité, indispensable dans notre système où il n’y a pas de chef pour révoquer ou rappeler à l’ordre. Souhaitons à nos futurs conseillers fédéraux d’en être habités, afin d’assumer avec leurs collègues les succès et, surtout, les échecs. Car en politique comme dans la vie en général, il est trop facile de se défausser sur autrui.

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