Vestiges de la révolution et de Guy Debord

RéflexionA l'occasion de la publication d'une biographie du situationniste, Boris Senff sonde l'actualité de l'auteur subversif

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De l’idée révolutionnaire, il ne reste rien, si ce n’est l’épisodique nostalgie de quelques révoltés occasionnels. Dans une époque gestionnaire, même les forces politiques «progressistes» récusent tout horizon utopiste et se réclament d’ajustements pragmatiques, à l’instar d’une social-démocratie plus gauche que gauchiste et de Verts cultivant leur potager à l’ombre de l’industrie mondiale.

Parmi les derniers penseurs à n’avoir jamais désarmé, il y a Guy Debord (1931-1994), fondateur du groupuscule l’Internationale Situationniste et auteur culte de La Société du spectacle en 1967. La nouvelle biographie qui vient d’être consacrée à cette figure de la subversion du XXe siècle souligne évidemment l’échec de sa vie – conclue par un suicide – qui se confond avec celui de l’espoir révolutionnaire.

De ses écrits péremptoires, il reste néanmoins sa charge contre le «spectacle», cette dimension investie par les propagandes totalitaires, mais surtout par le capitalisme et ses mises en scène marchandes. «Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images.» Près de 50 ans après la publication de son manifeste, force est de constater la justesse de ses vues et de mesurer la frustration et l’aliénation accumulées.

Un exemple simpliste? Dès son plus jeune âge, le gamin occidental est conditionné à admirer les grosses bagnoles (dont le poster orne peut-être sa chambre) et à rêver de coucher avec Rihanna (dont il suit le compte Twitter). «Le spectacle moderne exprime (…) ce que la société peut faire, mais dans cette expression le permis s’oppose absolument au possible.» L’interdit est parfois plus accessible, voir les jeunes djihadistes européens…

Il n’y a pourtant pas qu’un bilan négatif à dresser des sombres avertissements du «gourou» situationniste. Sa méfiance envers les manipulations symboliques de masse ouvertes par les images et les médias a parfois été entendue. Une année après sa mort apparaissait une émission promise à un bel avenir. Arrêt sur images de Daniel Schneidermann décortiquait des montages télévisuels aux malversations pas toujours dues à la seule incompétence. Ces critiques ne touchent pas forcément au cœur du système qu’analysait Debord, mais leurs pare-feu ne font pas de mal.

A l’heure du numérique et donc de l’ambivalence toujours plus grande entre monde réel et virtuel, les pirates informatiques – les fameux «hackers» – peuvent aussi se voir comme de lointains héritiers, portant le combat sur le Web, nouvelle architecture de la puissance dédoublant le monde réel. Mais la résistance au spectacle et aux dominations qu’il traduit n’en demeure pas moins toujours plus difficile. Dans les faits, mais surtout dans les têtes.

Créé: 27.11.2015, 17h12

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