Les autres victimes du carnage de Paris

L'invitéClaude Béglé, coprésident du PDC-Vaud, dessine les conséquences pour notre société des récents attentats.

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Il y a eu l’horreur, avec à terre des athées, des musulmans, des juifs et des chrétiens, comme pareils dans la mort, mais certains innocents et d’autres lourdement coupables. Il y a eu ces familles en deuil que les circonstances ont privées d’intimité; de même que la tristesse et le sursaut de toute une nation.

Cela étant, deux des victimes principales de ce carnage à répétition risquent bien d’être le sens de la mesure et l’esprit de tolérance. Car comment maîtriser ses émotions face à ces images insupportables, qui risquent d’inciter certains à la haine et à la vengeance?

De surcroît, la menace se fait difficile à identifier. Au lieu qu’elle ne vienne comme au bon vieux temps de l’extérieur, l’ennemi est parfois déjà installé chez nous; ce qui est plus pernicieux. Cela risque d’entraîner une défiance généralisée, avec son raccourci le plus courant: le délit de faciès. Or, si l’on met au ban toute une partie de la population, cela pourrait bien constituer un terreau fertile à de nouvelles frustrations, avec d’inévitables dérapages et in fine de vocations intégristes.

«Notre société se doit de réagir face à la menace intégriste, au risque de se polariser»

Notre société se doit de réagir face à la menace intégriste, au risque d’ailleurs de se polariser elle-même. Cette lutte contre le terrorisme nécessitera impérativement un renforcement des services de renseignements, davantage de mesures préventives, une répression plus ferme et une réorganisation interne des prisons, afin qu’elles ne deviennent pas le creuset de rencontres subversives.

Les attaques concertées et les prises d’otages simultanées nous démontrent qu’on est face à un ennemi déterminé et organisé. Ce ne sont pas des loups isolés, mais des gens agissant de concert. Ils sont d’autant plus redoutables qu’ils savent œuvrer de façon connectée mais décentralisée, donc avec une capillarité qui leur permet de passer presque inaperçus avant qu’ils ne frappent.

Le rôle de nos autorités va se compliquer. L’arrivée de bateaux entiers de migrants présente en même temps un caractère d’urgence humanitaire et le risque d’infiltrations pernicieuses.

Par ailleurs, comment enrayer l’attrait de la violence sur certains jeunes de chez nous qui choisissent s’engager parmi les combattants djihadistes ? Et comment éviter que l’assassin de demain ne s’avère avoir été un de nos voisins? Il va donc falloir développer de nouvelles compétences: celle d’être vigilants sans se fermer aux autres, celle de défendre notre culture et nos valeurs sans se croire pour cela supérieurs, et celle d’aider les étrangers à s’intégrer chez nous, sans faire pour autant le lit de ceux qui en leur for intérieur ne le souhaitent pas ou n’en sont pas capables. Répression et intégration devront apprendre à danser un tango d’un nouveau genre. (24 heures)

Créé: 29.01.2015, 17h12

Claude Béglé (Image: DR)

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