Vidons le lac… il est dangereux

L'invitéGilles Meystre, conseiller communal PLR et président de GastroVaud, s'indigne de la décision de la Municipalité de Lausanne de vider certaines fontaines de la ville.

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Vider les fontaines ou les recouvrir d’un filet: la récente décision de la Municipalité avait tout d’un poisson d’avril… Mais elle n’en est pas un! Lausanne entend en effet très sérieusement appliquer les normes du Bureau de prévention des accidents (BPA) pour protéger les enfants. S’il est vrai que certaines fontaines lausannoises sont parfois glissantes, voire périlleuses, cette décision est à la fois disproportionnée et inquiétante. Disproportionnée, puisque au recensement des accidents survenus en eau de fontaine, on ne dénombre qu’un cas grave… On est donc loin d’une hécatombe justifiant une mesure aussi radicale. Disproportionnée aussi, car les normes du BPA n’ont aucune portée obligatoire. Elles formulent des recommandations à considérer davantage comme des sources d’inspiration lors de la conception de nouveaux aménagements que comme des oukases destinés aux infrastructures existantes.

Dès lors, faute de dangerosité avérée ou de normes juridiques contraignantes, seule une pensée politique infantilisante, visant à protéger le citoyen contre tout, au risque de le rendre vulnérable à tout, peut expliquer l’assèchement des fontaines de la capitale vaudoise.

Hélas, d’autres exemples nourris à cette intarissable source peuvent être rappelés, à Lausanne comme ailleurs. L’interdiction de la vente d’alcool à partir de 20 h 00 en est un. Sous prétexte de protéger les jeunes contre l’alcool, c’est toute la population qu’on punit.

C’est le chemin d’une société maternée, aseptisée et infantilisée qu’on emprunte

Autre exemple, même logique: le projet concocté par l’Administration fédérale d’exiger des petits bouchers, boulangers ou restaurateurs qu’ils annoncent par écrit les allergènes et la valeur nutritive de l’ensemble des aliments vendus. Une question de santé publique, paraît-il… Pourtant, on ne dénombre ni empoisonnement, ni allergie d’ampleur nationale.

Alors, au motif de protéger la population, pourquoi ne pas fermer les routes? Car la route tue. Interdire le houblon. Car la bière tue. Proscrire bougies et allumettes. Car le feu tue. Et pourquoi pas vider le lac? Car le lac tue! Vêtu de ses habits sécurisants et bienveillants, le principe de protection du citoyen pourrait justifier tout et n’importe quoi. Erigé en nouvelles tables de la loi, il pourrait même s’avérer plus dangereux que tous les risques qu’il prétend éviter.

Car si tout danger potentiel exige une action préventive de l’Etat, c’est finalement la liberté, l’intelligence et la responsabilité de chaque individu qu’on dénie. Et c’est le chemin d’une société maternée, aseptisée et infantilisée qu’on emprunte, lentement mais sûrement. Alors, plutôt que de vider les fontaines, rappelons aux parents leurs devoirs et préparons nos enfants aux dangers. Le bénéfice sera nettement plus grand pour la collectivité.

Créé: 18.08.2016, 10h46

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