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Le vieil homme et l’amer

Il y a pire dans la vie que de convoquer Chet Baker pour célébrer l’annonce du programme du 36e festival de Cully. Même si le premier est mort juste après que le second est né et qu’il n’a jamais joué sur les bords du Léman. L’occasion de montrer, dans un Capitole aux airs vintage de club de jazz bondé, un film qui n’a honteusement pas eu les honneurs d’une sortie en Suisse. Born to be blue.

Le Canadien Robert Budreau filme le prince de la côte ouest dans un moment passionnant du musicien. Celui où l’artiste junkie se fait fracasser la mâchoire et les dents par des dealers. Probablement pour une dette de trop. Et que le play-boy sur le déclin doit tout réapprendre, sachant que certaines notes aiguës lui seront désormais inaccessibles. Moins be-bop mais forcément plus cool jazz. Une question d’air, de lèvres, de muscles. Tout ça, c’est un autre trompettiste assis dans le fauteuil d’à côté qui me le raconte. Lui qui a aussi beaucoup dû réapprendre quand il a brisé tout seul son propre poignet.

Bref, Born to be blue. Ethan Hawke, qui va jusqu’à pousser la chansonnette lui-même, est impeccable et fragile dans le triptyque: chute, rédemption et retour au purgatoire opiacé. Le film est beau, simple, ingénieux. Avec quelques scènes bouleversantes. Dont celle où Chet crache sang et dentier dans sa baignoire quand il essaie de sortir le moindre son. On s’en boucherait les yeux et les oreilles. Mais surtout, Born to be blue est un peu comme le Neruda de Pablo Larrain. Il préfère la poésie et le doute à la tentation d’une réalité toute faite. Et, surtout, il ne cède pas à la facilité de beaucoup de biopics: celle d’en faire trop. De chercher la performance d’acteur en quête d’une récompense césarienne, oscarienne dans un mimétisme souvent trafiqué, boursoufflé.

Prenez Churchill par exemple. Avec Les heures sombres, on sent bien que Gary Oldman veut sa statuette par-dessus tout. En franglais, cela donnerait le vieil homme et l’amer pour incarner l’église malade. Il a donc passé, lors du tournage, pas moins de 200 heures de maquillage. La prothèse qu’il porte pour grossir son profil à l’écran représentait la moitié de son poids. Son crâne est affublé d’une perruque composée en partie de cheveux de bébé qui doit être refaite tous les dix jours. Sans oublier la peinture pour retrouver le teint rosé du politicien.

Ceux qui regardent The Crown savent qu’ils existent sur le marché des acteurs pertinents – l’excellent John Lithgow, américain lui aussi – qui n’ont pas besoin de tels artifices. Définitivement, on vote pour les biopics qui font dans le bio plutôt que dans l’artificiel.

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