Les vieux démons espagnols font encore de la politique

La rédactionXavier Alonso raconte la polémique qui secoue l'Espagne avec le projet d'exhumer le corps de Franco.

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L’exhumation de Franco divise l’Espagne. Les derniers sondages le démontrent, qui disent tous la même chose: 40% le réclament; 38% y sont farouchement opposés et 22% ne veulent plus en entendre parler. Le gouvernement socialiste espagnol continue, lui, sur sa lancée et a fait approuver vendredi dernier par le Conseil des ministres un décret-loi qui met en route l’exhumation de la dépouille de l’ancien dictateur.

Le corps de l’ex-dirigeant fasciste, qui a tenu l’Espagne sous une chape de plomb entre 1939 et 1975, pourrait être rendu à sa famille d’ici à la fin de l’année. Et son monumental mausolée changer d’affectation. La polémique est vive, à la hauteur du symbole fort qui partage l’opinion publique. Mais c’est encore un acte politique qui reconfigure le paysage politique espagnol.

«Une crypte de granit bâtie par le travail forcé de plus de 10'000 prisonniers politiques»

Quarante ans après sa mort, Franco reste une figure centrale de la vie politique, culturelle et sociale des Espagnols. L’homme n’est pas encore une personnalité d’autrefois qu’on croise dans les livres d’histoire entre Isabelle la Catholique et Christophe Colomb… Non, il est un marqueur: on est pour ou contre, encore en 2018. D’autant que ce symbole a un lieu. Les restes de Francisco Franco reposent en effet dans un invraisemblable monument à la gloire des années les plus sombres du fascisme ibérique, dans la périphérie de Madrid.

Sous une croix de 150 mètres s’étend une crypte de 240 mètres de granit bâtie par le travail forcé de plus de 10'000 prisonniers politiques d’après-guerre: «El Valle de los Caídos», en français «la vallée de ceux qui sont tombés». À l’intérieur, sous une stèle constamment fleurie depuis 1976, Franco repose aux côtés de la tombe du fils du dictateur espagnol des années vingt Miguel Primo de Rivera, José Antonio Primo de Rivera, leader de la Phalange fasciste espagnole, fusillé au début de la guerre civile, en 1936, et inhumé en 1959 sur ordre de Franco à la basilique de Los Caídos. Ils partagent ce dernier repos avec quelque 27'000 combattants franquistes et environ 10'000 opposants républicains. Pour la plupart inhumés sans leur consentement ni celui de leurs familles. Car souvent non identifiés.

Réveiller les vieux démons

Ce macabre Disneyland de l’antidémocratie est, de plus, financé par les deniers publics. Mais la question n’est pas tant financière et le projet du gouvernement consiste à transformer le lieu, après le départ de la controversée sépulture, en un cimetière civil pour les victimes de la guerre. Il avait pensé dans un premier temps à le convertir en musée de «mémoire» et de «réconciliation». Il n’en fera rien. Trop compliqué.

Car l’important est ailleurs. Il s’agit de réveiller les vieux démons espagnols avec cette exhumation de Franco qui permet aussi au gouvernement de Pedro Sánchez, arrivé au pouvoir avec une majorité hyperfragile, de diviser les oppositions. Car, des gauches radicales ou régionalistes jusqu’au centre, ils sont nombreux à avoir une dent contre ce fantôme trop présent. Et on voit par exemple la formation centriste et citoyenne Ciudadanos en difficulté, car elle doit se déterminer: pour ou contre.

En France, Mélenchon a échoué dans sa coalition des colères contre Macron. En Espagne, Sánchez réussit, lui, la coalition de l’anti-franquisme. (24 heures)

Créé: 31.08.2018, 15h12

Xavier Alonso, rédacteur en chef adjoint de la rédaction Tamedia.

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