La vigneronne qui est aimée comme une reine

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L’autre matin, je me suis dit, «Tiens, comment va Corinne Buttet, la première vigneronne couronnée de l’histoire de la Confrérie?» Alors je l’ai appelée et nous nous sommes retrouvés à Vevey. Je peux vous dire qu’elle va bien. Mais je vais commencer par un conseil: si vous avez envie de l’inviter à une promenade, prévoyez du temps. Corinne ne fait pas deux mètres sans être happée pour des embrassades, des félicitations, une photo, un selfie, une discussion, des retrouvailles, des mots chaleureux. Et elle est formidable. Souriante, disponible, aimable.

Même si, elle le dit: «C’est de la folie. Je suis fatiguée mais tellement honorée que tant de gens viennent vers moi avec autant de gentillesse. Les enfants me regardent comme si j’étais une vraie reine, alors je leur mets la couronne sur la tête.» Qui l’eût cru, car dans l’enfance, dans l’adolescence, Corinne n’était pas vraiment motivée pour devenir vigneronne! «Si je voulais sortir, si je voulais avoir un jeans, il fallait faire deux heures de labeur, ces contraintes m’énervaient, et je ne supportais pas la chaleur, alors j’embêtais exprès pour qu’on me chasse de la vigne.» Et la voilà couronnée. Bizarre, non? Non, parce que vers 25 ans, Corinne est devenue un peu plus mature, comme elle dit, elle a regardé autrement son papa travailler la vigne, arracher, transformer, replanter, récolter, elle a senti remonter en elle le goût de la terre. Et elle a fait une sacrée surprise à son père qui était à deux ans de la retraite.

«La commune de Vevey a été d’accord que j’envisage de reprendre le domaine, à condition que je fasse l’école de Marcellin. Au début, mon père n’y croyait pas, il se rappelait comment j’étais à la vigne! Mais très vite, il m’a montré son admiration. Il est parti il y a huit ans, mais il a eu le temps d’être fier de moi. Après la grêle dévastatrice de 2005, le moral était au plus bas, tout était détruit, je me posais bien des questions. Mon père me disait: «Continue, tu verras, la vigne est forte». Et je lui disais «La vigne oui, mais pas moi!» Je pleurais beaucoup. Mais j’ai continué.» Corinne a pris son temps pour devenir ce qu’elle est, ce qu’elle aime. Cela montre, dans le fond, qu’il faut peut-être laisser du temps aux jeunes plutôt que de les enquiquiner et de les pousser si vite, trop vite, à choisir leur voie.

Nous marchons dans les abords de l’arène. À très petits pas. Beaucoup de femmes félicitent Corinne, l’abordent, lui sourient. Elle accepte d’être un peu leur modèle, leur espoir aussi. Mais en précisant qu’il y a trente ans, elle n’aurait pas pu, elle n’aurait pas eu la force. Le treuil, les charrues, toute cette lourdeur, c’était pour les hommes. Maintenant il y a les chenillettes, les sécateurs électriques. Alors c’est devenu possible pour une femme, vraiment. Mais ça reste pénible. «J’ai été opérée des deux épaules, du coude. Les mouvements répétitifs, les poids, ça use. Il faut que tout soit ouvert aux femmes, elles ont le mental pour tout faire.»

Cette couronne va-t-elle changer sa vie? «Je ne vais rien y changer. Ces jours, la vigne me manque. On s’y ressource. Faire les neuf heures, voir le lac, ne penser à rien, j’adore. Et la taille, les vendanges. Le bonheur! Au sortir de l’hiver, voir les minuscules bourgeons apparaître, j’en ai chaque fois les larmes aux yeux, je les regarde comme si je n’avais jamais vu ça.» Quand la fête sera finie? «Ce sera triste, on n’aura plus les collègues près de nous tous les jours alors qu’on ne se voit jamais au cours de l’année. Mais la vie continuera. Dans la vigne avec Pedro et Paulo, mes deux collaborateurs, à qui j’ai dédié ma couronne.» Et en voyage: c’est le hobby de Corinne. Elle a vu des vignes partout. En Afrique du Sud, en Afrique du Nord, au Canada. Au Canada, son fils Julien, encore petit, lui avait dit: «Maman, ils ne savent pas faire, tu devrais leur montrer.»

Créé: 30.07.2019, 17h08

Philippe Dubath

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