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Vingt ans plus tard, avec les éternels amis du crottin

Des fois, dans la vie, on revient sur ses traces. Quand je dis traces, là, je sais de quoi je parle. Il y a vingt ans, j’avais été accepté par l’équipe des ramasse-bouses, ou crottes, ou crottins, ou pétoles, peu importe, et j’avais vécu avec eux des moments inoubliables lors des traversées de Vevey avec les cortèges. J’avais alors, à travers les acclamations de la foule à notre endroit, perçu que les gens gardent en leur cœur une réserve vive d’affection vraie et spontanée pour les humbles et les travailleurs de tout en bas de la pyramide. Alors voilà, vingt ans plus tard, j’y suis revenu un peu par surprise. Mes amis de la brouette, du balai, de la pelle, du tombereau, des vaches, des chèvres, des chevaux, des mules, m’ont fait croire qu’ils avaient besoin de moi pour les épauler. Adèle – elle aussi renfort nécessaire de dernière minute – a préparé deux costumes de 1999, et nous voilà, tous les deux, ambassadeurs «vintage» de la fête du passé – haut de forme et chemise blanche, foulard rouge – aux côtés de Philippe, Carine, Bernard, Ludo, Manu, Marlyse, Marc, Maxime, et Jean-Louis, tous élégants dans les habits dessinés pour eux par Giovanna Buzzi. Cette artiste a le talent de rendre beaux tous les acteurs figurants de cette fête, et surtout jamais ridicules. Il faut lui dire merci.

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Donc, je m’y suis remis. Brouette, pelle, balai à la main. Rien n’a changé. Les applaudissements à la pelle chargée de crottin qui danse en l’air, les senteurs, les parfums, l’amitié, la solidarité. Et le travail toujours aussi pénible. Car on fait rire, nous, les ramasse-crottes, les transporteurs de brouettes pleines de merde, et c’est normal, même si on nous applaudit et nous salue, mais notre tâche n’est pas un rôle, c’est un boulot, un vrai, avec ses contraintes, ses exigences, sa nécessaire organisation maîtrisée par Bernard Bochud. Poser les brouettes, les balais, les pelles, ici, là-bas, pour les retrouver plus tard, diviser le groupe en commandos efficaces, faire vite, toujours vite, toujours bien, pour ne pas déranger l’ordre du cortège ou du spectacle dans le vaste nid qu’est l’arène. L’équipe finit toujours épuisée. Heureuse, avec une sorte de fierté, mais fatiguée. Il faut les voir enlever les lourdes chaussures au local, déposer la veste épaisse, en souriant déjà de savoir que demain, ou tout à l’heure, comme ce samedi où il y aura deux spectacles, il faudra recommencer. Les ramasse-crottes ont tous un métier dans la vie. Ils en pratiquent un supplémentaire pour la fête. Je les adore.

Pour la prochaine Fête des Vignerons, je serai là, jeunes gens, débrouillez-vous pour m’accueillir, dans le tombereau, dans la brouette, ça m’est égal, je veux être des vôtres, je vous sais gré de me ramener tous les vingt ans au ras du sol, dans les embruns de la vraie vie qui donnent envie de s’élever. Une idée, en parlant des humbles: à l’instar de la Fête des Vignerons, ne devrait-on pas réfléchir à créer une fête pour les gens qui font la plonge dans les restaurants, l’étanchéité sur les toits, les gars des camions-poubelle, les dames-pipi, les femmes de ménage, les héros qui font le macadam sur les routes. La Fête du Macadam, tous les deux ans à Vevey, avec le chant du goudron, le ballet de la fumée, la danse des gilets orange, ce serait chouette, non?

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