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Et si un virus nous apprenait à grandir en humanité?

Emanuele Alfani estime que la crise a quelque chose à nous dire à propos du sens de la vie.

L’actuelle pandémie liée au coronavirus demande certes des réflexions et des réponses sur le plan sanitaire, social et économique. En revanche, peu nombreux sont ceux qui regardent ce drame à la lumière des valeurs de la spiritualité universelle.

«Un voyage initiatique, qui peut conduire à une plus grande maturité et à un état de conscience plus élevé»

Pour le sage, accidents et crises existentielles, loin d’être considérés comme inutiles, représentent l’occasion pour grandir en humanité. La vie n’est pas seulement une sorte de grand Luna Park aux plaisirs et divertissements éphémères, mais un voyage initiatique, qui peut conduire à une plus grande maturité et à un état de conscience plus élevé.

Notre passage sur Terre entre polarités opposées, bonheur et malheur, ombre et lumière, procède non pas de l’absurde et du hasard, mais d’un plan supérieur qui semble intégrer mystérieusement la mort au sein de la vie. Derrière le voile de chaque désespoir et de l’inacceptable se cache peut-être un sens qu’il convient de déchiffrer aussi au niveau spirituel.

Dans cette optique, l’actuel virus Covid-19, parallèlement à la noble et sainte bataille livrée sur le terrain, pourrait questionner notre manière d’être au monde au milieu de la société du «bien-être», par ailleurs bercée par des illusions d’immortalité et de toute-puissance scientifique. Nous avons pensé que la mort était virtuelle, que pestes et tsunamis étaient réservés aux pauvres des autres continents. Les mantras «Il faut profiter», «Moi, moi je» ont depuis longtemps contaminé et endormi notre âme, laissant l’insouciance et l’inconscience étouffer nos aspirations célestes. Courir, se divertir, produire, et encore courir, pour au final fatalement mourir, semble être la seule préoccupation de l’homme moderne.

Or, à la rude école de la sagesse, la crise du coronavirus pourrait devenir une possibilité d’éveil spirituel, de rencontre avec soi-même, apte à redéfinir ce qui est superflu dans la vie, essentiel mais invisible pour les yeux.

Les dogmes du «tout sous contrôle» et du «tout, tout de suite», la globalisation, le culte de la vitesse et de l’efficacité supportent mal les mises en quarantaine! Malgré les confinements extérieurs, nous sommes appelés, sans masques, à élargir l’espace de l’être intérieur. Il est urgent de passer de l’artificiel au naturel, et de ventiler les hautes voûtes du temple de notre cœur.

Et si les zones rouges devenaient terres riches de transformations de l’avoir à l’être, de l’ego aux autres?

Le monde arrêté, c’est le temps d’un visage retrouvé, d’une parole fragile qui convie à s’aimer. Ainsi, à partir de fissures et de blessures s’élève la conscience que la mort fait partie de la vie, comme une porte qui s’ouvre, telle une lampe qui éclaire notre chemin de mille et une attentions.

Selon le poète, «une fois passé l’enfer, nous allons par le pire à des choses très fleuries et très douces, accordées aux secrets de nos âmes».

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