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Le virus met le fédéralisme suisse à l’épreuve

Patrick Monay revient sur les tensions entre Cantons et Confédération en matière de directives de protection contre le Covid-19.

Certes, la Suisse n’est pas la France et Simonetta Sommaruga n’est pas Emmanuel Macron. Mais notre pays mène aussi «la guerre» contre le coronavirus. Et une guerre, cela se gagne ensemble. Un pour tous, tous pour un. Il serait malvenu, en pareilles circonstances, d’afficher et d’attiser les tensions internes.

C’est l’image qu’a cherché à donner le Conseil fédéral cette semaine. Mardi, à l’occasion d’une visite des Hôpitaux universitaires de Genève, Alain Berset a été confronté à la question qui fâche. Le Canton de Genève doit-il revenir en arrière, lui qui a outrepassé les directives fédérales en interdisant tous les chantiers sur son territoire? Le ministre de la Santé s’est bien gardé de répondre par oui ou par non: il s’est prudemment contenté de rappeler que les Cantons avaient l’obligation de fermer les entreprises qui ne parvenaient pas à respecter les règles d’hygiène et de sécurité imposées. Et que, de toute évidence, cette mise en application s’avérait «très difficile» dans le secteur du gros œuvre.

À ses côtés, le conseiller d’État Mauro Poggia a eu beau jeu de louer le Conseil fédéral, «qui laisse aux autorités cantonales la faculté d’adapter» ses décisions en fonction des différentes perceptions régionales. Si Genève a agi promptement et avec plus de sévérité que la Confédération, c’est pour améliorer la lutte contre la progression de l’épidémie. Autrement dit, le fédéralisme permet d’apporter des nuances, même dans ce régime de «situation extraordinaire» où les règles sont fixées par Berne. Alain Berset n’a pas contredit son hôte genevois.

Rebelote mercredi à Berne, quand a été soulevée la question plus délicate encore de l’exception tessinoise. Le canton du sud des Alpes, le plus touché par le Covid-19, a non seulement bouclé tous les chantiers et les entreprises cette semaine, mais il a ordonné aux plus de 65 ans de ne plus sortir pour faire leurs courses. Il a fallu trois questions de journalistes pour qu’Alain Berset admette que cette situation est «juridiquement non conforme» à l’ordonnance fédérale entrée en force il y a dix jours. «Mais le gouvernement est là pour mener la réflexion avec les Cantons et chercher la meilleure solution.»

«La crise sanitaire actuelle appelle des solutions claires et équilibrées»

Ce discours rassurant cache des tiraillements bien réels. Jeudi, dans le «Tages-Anzeiger», le conseiller d’État tessinois Norman Gobbi avertissait que le dialogue deviendrait encore plus vigoureux si le Conseil fédéral enlevait au Tessin sa marge de manœuvre. Les milieux économiques, eux, mettent la pression pour pouvoir maintenir la production. Ils s’élèvent donc contre l’idée d’un confinement généralisé.

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Probablement que les sept Sages eux-mêmes, au four et au moulin depuis des semaines, sont divisés sur ces questions cruciales. Pour eux comme pour nous tous, la crise actuelle est inédite. Elle appelle des solutions claires et équilibrées. Au-delà d’une concorde de façade, la Suisse a grand besoin de pragmatisme et de détermination dans l’action.

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