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«Vous vouliez la décroissance, eh bien vous l’avez…»

Jean Martin souhaite que les restrictions actuelles nous fassent réfléchir à d'autres manières de vivre et de consommer.

Celles et ceux que préoccupe l’avenir sont ces jours vivement interpellés… En plus des graves soucis sanitaires, les bouleversements dans l’économie liés aux mesures prises pour contrer la pandémie Covid-19 sont énormes. «Vous vouliez la décroissance, eh bien vous l’avez», a dit sur un mode martialement critique une personnalité politique, le 19 mars au matin sur La Première. Le soir précédent, dans la solide émission spéciale de RTS Un, un analyste financier tenait un même discours: il sera absolument impératif de croître à nouveau, et vite. Il voulait bien concéder que cette croissance pourrait être plus qualitative mais, pour l’essentiel, hors de produire à l’ancienne pas de salut.

Cela démontre-t-il que la volonté de faire différemment («changer le système, pas le climat»), manifestée en 2019 par les multiples manifestations pour le climat, ne serait que des rêves de beau temps d’une jeunesse désorientée? Pour ceux qui veulent que nous ne croyions, sans discuter, qu’à l’«économie réelle», les troubles liés au tsunami viral n’auraient ainsi pas que des inconvénients, en montrant l’inanité de l’alternative?

Faut-il admettre que le modèle qui est en train de détruire l’écosystème est le seul qui vaille? Que la seule issue est de s’adapter «gentiment» à la diminution de la biodiversité notamment, moins rapide que le coronavirus mais dont la vitesse de survenue est inouïe dans l’histoire – malgré la météo superbe du moment où j’écris, peu de chants d’oiseaux dans les forêts où je me promène (seul) –, un ami naturaliste chevronné y voit la sixième extinction de masse. «L’exceptionnalisme humain est autodestructeur», dit l’écrivain américain Richard Powers. L’exceptionnalisme, cette fâcheuse façon de penser qu’il n’y a que nous qui comptions.

Pourtant, «après le confinement, il faudra entrer en résistance climatique», affirme dans «Le Monde» daté du 20 mars un collectif de personnalités, soulignant la nécessité de la décroissance énergétique pour atteindre la neutralité carbone en 2050.

«Le virus doit impérativement nous faire réfléchir»

Même les conservateurs en matière économique réalisent que le virus doit impérativement nous faire réfléchir. Tirons-en la leçon, développons une nouvelle culture, dans plusieurs sens du terme. Les restrictions massives que nous devons accepter nous montreront-elles qu’on peut vivre différemment? Y compris en produisant et consommant moins – de ces choses qui relèvent du superficiel, du superflu ou de l’égocentrique? Ce qui pourrait libérer un peu de notre temps précieux, si «embouteillé» dans la vie d’avant, pour le dédier à nous enrichir sur des modes non-matériels.

Je vois d’ici les sourires et les quolibets: «Rêvez… mais hors d’un cadre dictatorial et communisant il n’y a pas de décroissance imaginable.» Le défi, c’est que les réalistes-immobilistes n’étant pas tenus de rien prouver, c’est aux autres de montrer que c’est possible.

Le pire n’est jamais certain. Cherchons à faire advenir un peu de meilleur.

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