Voulons-nous une Suisse prospère mais sans Suisses?

L'invitéeIsabelle Tasset Vacheyrout regrette l'absence d'un congé paternité digne de ce nom.

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Le congé paternité est à peine approuvé qu’un référendum est lancé contre. Les référendaires savent-ils seulement ce que vivent les parents d’aujourd’hui? La question se pose. Messieurs, vous passerez dix jours auprès de votre nouveau-né. En plus de vos quatre ou cinq semaines de vacances. Pas mal, non? Avec les quatorze semaines de congé maternité de Madame, plus ses vacances, on arrive à six mois. Reste ensuite à savoir où atterrira l’adorable représentant de la nouvelle génération. Dans une crèche? Chez ses grands-parents à proximité ET disponibles (de plus en plus rare)? Ou auprès de sa mère (le plus souvent) qui baisse son temps de travail? Dès lors, on comprend soudain pourquoi l’employeur, qui avait vu le coup venir, lui versait un salaire de 16,7% inférieur à celui son collègue masculin.

«La famille doit rester libre. Libre mais appauvrie»

Deux semaines, c’est déjà ça, diront certains. Mais cela place la Suisse tout en bas du classement, avec le Mexique. Car la moitié des pays «riches» sont beaucoup plus généreux, avec au moins 43 semaines de congé parental, certains poussant jusqu’à… trois ans. Qu’est-ce qui bloque chez nous? Cette idée que l’État ne doit pas se mêler de la famille, que c’est la sphère privée, qu’elle doit rester libre. Et donc se débrouiller seule.

Libre mais appauvrie. Car, dès qu’un couple décide d’avoir une descendance, son revenu disponible baisse de 40%: c’est la chute la plus brutale de tous les pays «riches». Alors que la pression sur les parents s’accroît: études à rallonge jusqu’à 25 ans qu’il faut financer; compétences éducatives surnaturelles pour écouter, guider, protéger et négocier… le temps passé devant les écrans ou à faire du shopping. Au fait, qui a protesté contre l’intrusion de l’économie dans la sphère familiale?

Face à de tels défis, pas étonnant que les jeunes Suisses, qui désirent entre deux et trois enfants à 25 ans, se limitent finalement à 1,5 (pardon, c’est une moyenne). Résultat, l’économie manquera de 500'000 jeunes pour remplacer le million de baby-boomers qui partent à la retraite ces dix prochaines années.

D’où cette proposition ébouriffante de la Commission fédérale pour la famille (COFF): instaurer un congé parental de… 38 semaines! Quatorze pour la mère; huit pour le père; seize à se répartir entre les deux. L’enfant profite de ses parents, le père se rapproche de son bébé et des tâches domestiques, la mère peut retourner travailler, l’employeur a des salariés motivés, le tout étant financé par la hausse du taux d’emploi des mères et des impôts qu’elles paient. Hausse du travail qui leur permet aussi de cotiser davantage, d’éviter que leur retraite soit de 37% inférieure à celle des hommes et de devoir recourir aux prestations complémentaires en cas de séparation.

Tous les Européens rêvent de la Suisse pour sa qualité de vie et ses salaires… tandis que toutes les familles suisses rêvent de bonnes conditions-cadres à l’européenne, mais aussi à l’image de celles concoctées pour notre économie et nos entreprises. Investissons pour nos jeunes: ce sont eux qui continueront notre société.

*Auteure de «Place aux jeunes – Pour une Suisse qui voit loin», Éd. Cabédita, 2019.

Créé: 06.01.2020, 06h40

Isabelle Tasset Vacheyrout, coprésidente du PDC Vaud, auteure de «Place aux jeunes – Pour une Suisse qui voit loin», Éd. Cabédita, 2019.

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